mercredi 2 novembre 2016

La folle histoire de Max et Léon


Tu sais conduire un moto?  - Oui... J'AI MENTI!!

Bonjour à tous, lecteurs de tous poils et de tous horizons. Bienvenue à nouveau dans cette chronique pour causer cinéma. Et aujourd’hui, je vous écris à chaud un petit article quasiment en sortant de la salle obscure. Je dis quasiment car il y a quand même presque douze heures entre ma sortie et le moment où je m’empare fougueusement – oui oui, fougueusement – de mon clavier.
Mais qu’a bien pu provoquer chez moi cet irrésistible émoi, cette envie frénétique d’écrire ? Et bien il s’agit du film La Folle Histoire de Max et Léon, réalisé par Jonathan Barré et écrit par Grégoire Ludig et David Marsais, formant le maintenant célèbre Palmashow. Il s’agit de leur premier film et cela fait plusieurs mois qu’ils en font la promotion à présent. Promotion que j’ai suivie avec avidité, étant un très grand fan du duo et de leurs sketches. Pour tout vous dire, encore maintenant il m’arrive de réfléchir avec l’accent si particulier de Michel, le fonctionnaire ou de Gaspard, le délinquant sexuel totalement coincé. Ce qui, maintenant que j’y pense, en dit long sur mon état psychologique.
Avant d’aller plus loin, je fais un petit préambule : je risque de faire preuve de très peu d’objectivité sur cette chronique, pour plusieurs raisons : d’abord, il s’agit d’une production de mes humoristes préférés, il était donc peu probable qu’elle ne me plaise pas. Ensuite, je vais vous parler de cinéma français, et plus précisément de comédies françaises. Et je DETESTE les comédies françaises. Viscéralement. Je risque donc d’avoir des paroles un peu dures à leur égard. Gardez cependant à l’esprit, chers lecteurs, que tout ce que je dis n’engage que moi, et mon humble avis ne fait pas force de loi. N’hésitez pas à discuter mes opinions si vous n’êtes pas d’accord. C’est comme ça qu’un débat s’enrichit. De mon côté, je tâcherai d’avancer des arguments concrets pour justifier ma pensée.

De quoi que ça parle-t-il donc ?
La folle histoire de Max et Léon raconte l’histoire de deux amis d’enfance habitant la petite ville de Macon. L’histoire commence en 1941, alors que nous découvrons les protagonistes habillés en SS entrant dans un bar de la ville et se faisant presque immédiatement capturer par de vaillants citoyens français. Ils doivent donc raconter leur histoire, qui commence en 1939.
Han la nénette, quoi...
Nos protagonistes vivaient alors une petite vie paisible d’incapables fêtards notoires : Léon travaillait très peu, draguait à peu près tout ce qui bougeait et qui n’avait pas de pénis, alors que Max essayait de gagner sa vie en tant que livreur, bien que sa maladresse quasi légendaire le desserve plus qu’autre chose. Bref, c’est l’insouciance pour nos deux héros. Mais cela ne durera pas : car la guerre est déclarée avec l’Allemagne, et les hommes en état de se battre doivent rejoindre l’armée.
Vous vous en doutez, nos deux héros n’ont de héros que le nom. Et encore. Leur service militaire sera donc une quête sans fin pour trouver un moyen de tirer au flanc et de rentrer chez eux, dans la riante (hem) ville de Macon. Une quête qui, malheureusement, par la force du destin et de rencontres… hasardeuses – à défaut de mots plus appropriés – , les mènera jusqu’à Etaples, puis Londres, Damas, mais aussi Vichy. Enfin je crois, je vous avoue qu’un peu comme Léon, ma géographie est assez défaillante. Et je suis aussi un peu « marié avec le vent », comme il le dit si bien. Bon hormis que moi je n’ai pas vraiment besoin d’utiliser ce prétexte pour me débarrasser de mes conquêtes trop insistantes : ma personnalité suffit largement.
        Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas vous raconter le détail du film, il mérite que vous alliez le voir. Sachez que si certains éléments de l’intrigue sont assez convenus et parfois déjà vus (la faute à leur volonté de rendre hommage à des films comme la Grande Vadrouille ou la Septième Compagnie), le traitement humoristique est toujours juste et compense à chaque fois ce petit manque d’originalité dans le déroulement du scénario. Typiquement, lorsque les personnages retournent enfin à Macon après de multiples péripéties, il était évident qu’ils n’y resteraient pas longtemps, mais juste au moment où on s’apprête à tomber dans le cliché, la situation est désamorcée avec humour et auto dérision. Et moi j’aime l’auto dérision.

Mais alors, quoiqu’il faut retenir de ce flim ?
Nous arrivons maintenant à la partie qui va s’avérer la plus difficile pour moi : vous traduire avec des mots l’amour que je porte à ce long métrage et pourquoi je pense qu’il constitue un film humoristique majeur comme il en apparaît un par décennie. Rien que ça.
On va d’abord poser les bases : j’estime qu’il existe, depuis les années 80, un film humoristique par décennie qui marque son époque et souvent les suivantes. Dans les années 2000, il y avait bien sur Astérix et Obélix : mission Cléopâtre, sorti en 2001. Puis, dans les années 90, le cultissime La Cité de la Peur, sorti en 1994. Enfin, dans les années 80, nous trouvons le film Top Secret !, sorti en 1984, qui a pour moi inspiré les Nuls (on retrouve beaucoup d’éléments humoristiques similaires). Ce dernier film est beaucoup moins connu que les autres que j’ai cité, mais il vaut largement le détour. J’aurais tendance à ajouter aussi à cette Triade le film Mais qui a tué Pamela Rose ? et les différents OSS117 mais je trouve qu’ils sont sensiblement moins bons que Mission Cléopâtre. On pourrait probablement remonter jusqu’aux Bronzés font du ski, mais ils s’inscrivent, à mon sens, moins bien dans ce mouvement, même si j’admets volontiers que ce sont des œuvres humoristiques majeures.
Je suis personnellement près à croire que La folle histoire de Max et Léon est ce film comique des années 2010 qui va devenir culte. Pour soutenir cette hypothèse, je vais tâcher de m’appuyer sur ce qui pourrait être considéré comme les caractéristiques communes entre ces grandes œuvres comiques.
Ouah comment tu fais super bien le chat!
                Commençons par le commencement en abordant le scénario et le style humoristique que je vais appeler « humour de premier plan ». Je veux parler ici de l’humour global du film, celui qui est au cœur du déroulement de l’histoire. Du point de vue du scénario, tous ces films de la décennie partent toujours d’une histoire a priori sérieuse : un espion durant la seconde guerre mondiale, une enquête policière sur un tueur en série, ou la construction d’un palais dont l’échec sera source de décès. Dans le film du Palmashow, on est sur le même schéma : il est question de deux déserteurs durant la seconde guerre mondiale, ce qui n’a à priori rien de drôle – les mecs risquent la peine de mort quand même. Mais tout ce sérieux est chamboulé par la façon dont l’histoire est traitée. La cité de la peur transforme l’enquête en sketch (on assiste donc à une enskêtch) grâce à son maniement du jeu de mot et de l’absurde. Top Secret ! va plus loin encore dans l’absurde en s’y consacrant corps et âme. Mission Cléopâtre donne lui aussi dans l’absurde, mais surtout dans l’anachronisme en traitant les problèmes de nos amis gaulois d’un œil moderne, multipliant les références et là aussi les jeux de mots. Vous noterez que l’absurde revient souvent, mais d’un côté, Alain Chabat a travaillé sur deux d’entre eux, et s’est inspiré du troisième. Forcément…  Mais ce qu’on remarque en plus,  c’est que dans tous les cas, il est question d’appliquer à des héros de films, bercés par une intrigue censée les porter vers l’avant, des comportements profondément communs. Comme César qui reste de marbre devant la fureur de Cléopâtre, comme Odile Deray qui se préoccupe avant tout du succès de son film, comme un réalisateur lambda, alors qu’un tueur en série sévit autour d’elle. Tout l’humour de ces films repose sur le décalage entre l’histoire et les comportements des personnages.
                Le Palmashow est exactement dans ce schéma : nos deux protagonistes (oui, j’ai définitivement arrêté d’appeler Max et Léon des héros) ont les attitudes de types parfaitement normaux, pas de soldats partant à la guerre. Et ils resteront sans cesse en décalage avec le film qui se déroule derrière eux, provoquant scènes comiques après scènes comiques pendant que les autres personnages tâchent de défendre fièrement leur pays. Ce qui marque pour moi une grande différence entre ces films de la décennie et la comédie française plus classique, comme le serait un La vérité si je mens, ou l’Arnacoeur. Dans ces films, on s’efforce de mettre des personnages particuliers – par exemple un homme dont le travail est de séduire des femmes –  dans des situations qui sont somme toute assez banales – si on garde notre exemple, le héros tombe amoureux d’une fille –, et leur inadaptation créé le décalage. Le procédé est inverse, et je le trouve du coup plus situationnel, et plus forcé. Moins naturel somme toute, et cela rend ces films plus difficiles à apprécier de mon point de vue.
                J’en profite donc pour passer à la prochaine preuve accablante que La folle histoire de Max et Léon (et il faut que je trouve un diminutif pour ce titre, j’en ai marre de le taper) fait partie de ces vrais films comiques. Cet élément concerne ce que j’appelle l’humour de second plan. Quiconque a déjà regardé La cité de la peur sait de quoi je parle : ces petits gags dissimulés dans le décor, dans l’arrière plan. Sans parvenir à la quantité pharamineuse présente dans le film de les Nuls, celui du Palmashow sait nous faire découvrir quelques petites choses bien senties, notamment lors que Max et Léon se retrouvent à travailler pour la propagande nazie, et s’en donnent à cœur joie dans les jeux de mots de tout poil (mention spéciale pour « Hitl’hair, à fond la mèche »). Ce qui est d’ailleurs pour moi un élément qui manque dans beaucoup de comédie française : une richesse humoristique dans l’arrière plan. Une flopée de petites blagues, de petites situations amusantes, comiques, absurdes qui raviront petits et grands.
                Et qui dit films cultes dit répliques cultes. Qui n’a jamais fait avec un ami la fameuse réplique « tu veux du whisky ? – oh juste un doigt. – Tu veux pas du whisky avant ? » ? Qui ne s’est jamais exclamé « il fait au moins… moins huit mille ! » par grand froid ? Et bien je gage que La folle histoire de Max et Léon  apportera son lot de répliques cultes, comme les sketches du Palmashow l’ont déjà fait pour certains d’entre nous. (« Elle est où Jeanne ? »). Je ne vous donnerai pas d’exemples tirés du film pour vous préserver la surprise cette fois-ci. Notez que les comédies réalisées par le Splendid contiennent aussi pléthore de répliques cultes, et que c’est pour moi une grande partie de leur succès à travers les âges.
                Terminons enfin par une chose qui me tient à cœur et qui a le don de m’énerver dans la plupart des comédies françaises sur lesquelles j’ai posé mon regard humide et désabusé. Il s’agit du Pathos. Pour ceux qui n’ont pas fait de grec (soit vraisemblablement beaucoup de monde, moi perso, à part Salakis et Kébab Sauce Samouraï…), ce mot signifie souffrance, passion, ou encore affect. En gros, il va être question de toucher les émotions du spectateur pour le convaincre. Donc appliqué à un film comique, on parle généralement du moment où le film arrête totalement d’être humoristique pour sombrer dans l’étalage de la tristesse, la détresse ou tout autre mot en –esse du ou des personnages face à leur situation. L’exemple type se trouve pour moi dans La maison du bonheur, avec Dany Boon. En gros, le film est assez amusant, cumulant les situations rocambolesques, mais vient un moment où on nous montre notre héros criblé de dettes obligé de travailler en permanence pour espérer s’en sortir, au bord de la dépression.
Non mais regardez-moi cet hidalgo! BAM! Onde de choc!
                Et franchement, ce genre de truc m’énerve très fort. Tellement fort que je me sens obligé de le dire deux fois. Déjà parce que j’ai pas besoin qu’on me montre ce type de scène pour comprendre qu’un personnage fait n’importe quoi. Et ensuite, merde quoi ! Est-il nécessaire qu’un film comique cesse de l’être arrivé à mi chemin, sombre dans le marasme de l’apitoiement, pour nous livrer un happy end doucereux et convenu ? Sommes-nous, spectateurs, si cons que nous aillons besoin de cela ? Je ne pense pas. Alors pourquoi s’évertuer à mettre ce genre de scène dans des comédies ? Est-ce pour faire passer un message ? Ça m’étonnerait car la satire fait très bien passer n’importe quel message uniquement en faisant rire. Alors pourquoi, nom de diantre ?
                Il y a quelques temps j’avais lu une théorie à ce sujet expliquant que c’était parce que le cinéma français estimait que la comédie n’était pas un genre assez noble pour être digne d’intérêt, en tout cas pas la comédie pure. Je ne sais pas si c’est vrai, et si ça l’est, je trouve ça absolument navrant. Le rire n’est il pas un objectif tout aussi noble que le reste ? Vous vous rendez compte de la difficulté qu’il y a à faire rire quelqu’un de nos jours ? Moi personnellement, je suis un type du genre primesautier, qui se lève toujours de bonne humeur. Bah en général, entre les déclarations de nos hommes politiques, les sketches de Squeezie, les talents journalistiques de BFM TV et les épisodes des ch’tis à (insérer ici une ville), il me faut pas bien longtemps pour perdre foi en l’humanité.
                Mais je m’égare et je reviens au sujet : la grande marque, la marque absolue de ces films comiques de la décennie, c’est que jamais ô grand jamais ils ne cherchent à renier leur nature. Ce sont des films comiques, et ils refusent d’être autre chose. Ils restent amusants, humoristiques, du début à la fin. Et La folle histoire de Max et Léon colle parfaitement à cette description. Car même si on note une petite descente vers un passage plus triste, il est très vite désamorcé par un peu d’humour. Et on retourne sur les chapeaux de roues dans notre aventure, toujours plus drôle, jamais forcée, toujours bien dosée.
                Reste cependant un dernier critère à respecter pour faire partie du panthéon des films comiques : l’intemporalité. Rendez-vous compte que Le Père noël est une ordure est sorti il y a près de 35 ans. Rendez-vous compte que Les Bronzés font du ski a été diffusé pour la première fois il y a presque 40 ans. La cité de la peur a plus de 20 ans, Mission Cléopâtre en a 15. Et ces films ont su marquer presque toutes les générations, et font encore rire un large public de nos jours. Je ne peux assurer que La folle histoire de Max et Léon marquera à ce point les esprits, mais en tout cas je le souhaite de tout cœur. Car maintenant que les Inconnus, les Nuls, les Robins des Bois, et j’en passe, ont peu à peu disparu, le Palmashow me semble être un candidat sérieux pour remplacer ces illustres groupes de comiques.

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