mercredi 9 novembre 2016

Elle



Bonjour à vous, infortunés lecteurs, et bienvenue, une fois de plus, dans cette humble chronique ! Aujourd’hui, je vais m’attaquer à un sujet d’actualité : le film Elle, de Paul Verhoven, avec en rôle principal Isabelle Hupert. Et je vous entends déjà préparer vos doigts pour écrire un commentaire assassin à mon sujet concernant le fait que le film en question est sorti fin mai 2016, et que nous sommes, à l’heure où j’écris cette chronique, en octobre. Ou d’ailleurs vous ne pourrez peut être pas commenter, car je n’ai encore aucune idée d’où vont atterrir ces chroniques, donc si ça tombe, il ne sera pas possible de réagir. En tout cas vous en avez gros derrière votre écran, et vous voulez le faire savoir. Comme je vous comprends !
Mémorisez cette expression faciale, elle reviendra souvent
                Bref, le film Elle est un sujet d’actualité car il a été sélectionné parmi les films en langues étrangères pour concourir aux Oscars. Parce que oui, Paul Verhoven, il n’est pas tout à fait franco-français. Il est même carrément Néerlandais, et c’est surtout le réalisateur de Robocop, Total Recall  ou encore Starship Troopers. Mais il décide tout de même de venir tourner son film en France, et en langue française. Le rapport avec le reste de ses films ? Bah y en a pas, et c’est bien ce qui m’a turlupiné quand j’ai vu l’affiche, et le synopsis. Mais je vous avoue qu’après le visionnage, j’avais tellement d’autres questions et interrogations que je n’ai pas eu le temps de m’attarder sur ce menu détail.

De quoi que ça parle-t-il donc ?
                Le film nous parle de Michèle, cheffe d’une entreprise de développement de jeu vidéo qui, un jour, se fait violer dans son salon par un type qui entre chez elle par effraction en pleine journée. N’importe qui aurait appelé la police après ça, mais pas Michèle, qui s’époussète un peu, remet sa jupe, et reprend tranquillou son repas. Tout au plus évoque-t-elle la chose à un diner avec des amis, en arguant que « c’est pas grave ». Limite elle aurait ajouté « j’suis pas une pédale de bobo gauchiste » derrière que ça ne m’aurait surpris qu’à moitié.
                On en profite pour découvrir une ribambelle de personnages secondaires, que je vais tous vous présenter d’un coup histoire qu’on en finisse : on a donc la meilleure pote de Michèle, qui bosse dans la même boîte qu’elle, et son mari, qui couche avec Michèle ; le fils de Michèle qui est un genre de loser dépeint comme un grand benêt naïf et allergique au travail ; la copine du fils qui est insupportable et qui manifestement se sert de sa grossesse pour garder le fils à maman riche dans son giron ; l’ex mari caricature de l’auteur raté ; le développeur de jeu vidéo fayot au possible qui fantasme très peu secrètement sur Michèle ; le développeur de jeu vidéo typé punk qui se rebelle contre l’autorité de Michèle ; la mère de Michèle qui se tape des petits minots tout en muscle de 25 ans ; et les voisins d’en face de Michèle, petit couple catho tradi à faire pâlir un Versaillais mais dont le mari semble avoir des vues sur Michèle.
                Vous l’avez compris, nous avons un film aussi égocentrique que son héroïne puisque tout tourne autour de Michèle (et j’en ai déjà marre d’écrire ce prénom). D’ailleurs vous noterez que c’est du coup le seul personnage dont j’ai retenu le nom. Donc Michèle s’est faite violée (champagne Michèle !), et ma foi, ça provoque chez elle un certain éveil sexuel. Elle commence presque à prendre du plaisir à se faire harceler par son violeur (car oui, il la harcèle en plus). Mais stupeur ! Un jour alors qu’il revient et qu’il recommence à la violer (mais c’est pas grave car elle n’attendait que ça), elle parvient à arracher sa cagoule, dévoilant son voisin d’en face qui avait des vues sur elle !
Saloperie de chat, toujours en train de me mater sous la douche
                Et je me permets un aparté : vous allez sans doute râler pour le spoil. Et là je vous dis « non ». Un « non » retentissant de protestation et de paillettes. Car je ne considère pas cette révélation comme un spoil, et la raison en est ultra simple : vu la façon dont sont présentés les personnages et l’univers, le violeur NE PEUT PAS être un autre que lui. C’est STRICTEMENT EVIDENT dès ses premières apparitions que c’est lui. Donc je balance la révélation, et pi c’est tout. Et je m’en balek en prime, comme disent les jeunes.
                Bref, une relation un peu SM s’instaure entre eux, puisque Michèle n’appelle toujours pas la police (pour sa défense, elle a déjà eu pas mal de problème avec les forces de l’ordre, notamment lorsque son père a été arrêté pour meurtres en série et elle, alors âgée d’une dizaine d’années, soupçonnée de l’avoir aidé) mais qu’en plus, se faire violer, ça a l’air de pas mal la titiller. Je vous laisse néanmoins le soin de découvrir la fin du film, qui est tout de même un tant soit peu inattendue.

Mais alors, quoiqu’il faut retenir de ce flim ?
                Avant toute chose je vais être franc : je n’ai pas du tout aimé ce film. Il m’a excédé sur plusieurs points, et je vous avoue avoir hésité, à un moment, à quitter la salle. Je ne l’ai cependant pas fait, car je suis un homme de principe, et j’ai eu raison puisque cela me permet de vous déballer mon opinion dans ces lignes, et donc d’égayer ma journée en crachant ma bile. Tout en me faisant une petite séance de psychothérapie de groupe totalement gratuite. Allons-y donc gaiement !
BEST.SCREENSHOT.EVER
                La première question que je me suis posée concerne la subversion du bouzin. Car je pense très sincèrement que ce film se veut subversif. D’ailleurs, pour éviter d’en perdre quelques uns et pour bien me faire comprendre, on va tenter de définir le mot « subversif ». D’après le Larousse, cela veut dire « qui est de nature à renverser l’ordre social et politique ». Appliqué au cinéma, on va partir du principe qu’un film subversif c’est un film qui cherche à renverser les codes sociaux et moraux classiques, vraisemblablement pour causer un certain malaise et provoquer une remise en question (enfin en tout cas c’est comme ça que je le vois). Pour bien illustrer le propos, je vais reprendre un exemple déjà donné par le très éminent Karim Debbache dans son émission Crossed (et Karim, si jamais un jour tu me lis, je suis ton plus grand fan, je voudrais des enfants de toi) : le film The Devil’s Rejects. Un film dont les personnages principaux sont des tueurs psychopathes nécrophiles qu’on finit par trouver attachant. Un peu comme si un film mettait en scène Hitler et essayait de nous faire ressentir de la compassion, presque du respect pour le monsieur. Ou encore si ce film essayait de nous faire comprendre que finalement, la Shoah, c’était pas si monstrueux. Je vous laisse imaginer le tableau.
                Et je trouve que Elle entre quand même plutôt dans cette catégorie de film, notamment dans la mesure où il est question d’une femme violée qui non seulement décide de ne pas chercher le coupable, mais qui en plus en redemande et finit par entamer une relation avec son violeur. Avouons que ce n’est pas banal et assez peu concevable dans le cadre d’une société disons lambda. Bref, renversement des codes moraux, ça créé un peu le malaise, jusque là le cahier des charges est respecté, on va pouvoir bosser.
                Mais en fait non.  Parce que pour que cette subversion soit réellement effective, il faut réunir plusieurs éléments (à une vache près hein, c’est pas une science exacte). Le premier, c’est un univers qui soit proche du notre, une diégèse qui garde les mêmes codes moraux que notre monde, notre société, pour bien mettre en valeur le renversement que l’on opère. Bon bah déjà, ici, c’est râpé. C’est loupé, keutchi, walou. Bah oui parce que Michèle s’est faite violée, et passé le début où les gens s’inquiètent un peu pour elle (mais pas tant que ça d’ailleurs je trouve), bah ils finissent rapidement par s’en foutre. Le reste est souvent tinté de scènes d’un clichés sans nom, comme lorsqu’elle insiste sur une scène de viol d’un des jeux sur lesquels elle travaille, pour que ce soit plus violent, parce que « la fille doit avoir l’air de prendre du plaisir pendant le viol, ça va plaire au joueur ». Sérieusement les mecs ? Y’a déjà une femme qui a dit ça un jour dans sa vie ? Bref, déjà après 20 minutes, j’y croyais plus à ce qu’on me racontait. Et ça s’aggrave par la suite : j’ai rarement vu des personnages secondaires aussi caricaturaux et débiles. D’ailleurs même Michèle est quand même une sacrée parodie de vieille bourge réac de droite, limite un personnage de sketch d’ailleurs. A tel point que toutes ses réactions vis-à-vis de situations quotidiennes sont prévisibles une fois qu’on a cerné le personnage. Et c’est vrai pour tous les autres. Mention spéciale pour son fils, qui est carrément con comme une chaise. Bref, rien de ce qui se passe à l’écran n’est même vraisemblable et les relations entre personnages sont tellement navrantes de clichés et d’approximation que c’en est risible.
Voilà, c'est ça le management moderne
                Enfin, la dernière chose à garder à l’esprit pour donner dans le subversif, c’est que l’élément créant la subversion ne doit pas être expliqué. Le spectateur doit ressentir cet élément comme étant normal, et que c’est justement les choses « normales » autour qui doivent avoir l’air en décalage avec cet élément. En gros, ici, pour que Michèle soit vraiment un personnage subversif, il faudrait qu’elle fasse montre de ses pulsions « inattendues » sans aucune raison apparente. Qu’elle aime se faire violer comme une femme aimerait faire l’amour, ou comme elle aimerait la tarte aux pommes finalement, et que tout dans le film cherche à faire de cette particularité quelque chose de normal dans son monde à elle. Sauf qu’ici, on essaye de nous justifier cette pulsion étrange en nous sortant son enfance difficile et les meurtres en série commis par son père, ainsi que l’aide qu’elle lui a peut être apporté. Bah ça nique tout le personnage. Puisque de ce fait, nous n’avons plus affaire à un personnage différent par nature, mais à un personnage tout à fait normal, mais qui a eu une enfance très difficile et cela se répercute sur sa vie d’adulte. Du coup, le personnage subversif devient… commun. Et dans la catégorie des échecs d’écriture, on est quelque part entre Christian Grey et Nicolas Sarkozy. Ce qui est un peu flippant.
                Donc la subversion, c’est mort. Mais si seulement il n’y avait que ça… Je vais essayer d’être bref, parce que je vais m’énerver tout seul après.
                Première chose : toutes les formes de harcèlement sexuel sont érotisées au maximum et Michèle adore se faire harceler. Que ce soit par les employés de Michèle, par le violeur, par Michèle sur ses employés, tout semble tourner autour de l’envie de Michèle de se faire tringler. Bon on va commencer par rappeler que le harcèlement sexuel est illégal. Apparemment y en a (beaucoup) qui ont oublié. Et ensuite : putain c’est lourd… C’est quoi cette image de femme « forte » mais qui aime secrètement se faire humilier ? C’est tout ce que vous êtes capable de pondre ?
                 
Deuxièmement : l’image de la femme dans ce film est dégueulasse. C’est simple, il n’y a aucune relation entre deux femmes qui ne soit pas définie par leur volonté permanente d’attention d’un homme. Allez, on prend des exemples, parce que pour maintenant, on n’a plus rien à perdre ! Michèle et sa meilleure amie : en compétition pour l’attention sexuelle du mari, avec lequel elles couchent toutes les deux. Michèle et sa voisine : en compétition pour assouvir les désirs du mari/violeur. Michèle et la copine de son fils : en compétition permanente pour s’attirer l’amour du fiston. Michèle et la copine de son ex-mari : en compétition directe pour savoir qui mérite mieux le mec. Michèle et sa mère : Michèle la déteste à cause de son père et des mecs qu’elle se tape. En fait il n’y a aucune relation féminine qui ne soit pas calibrée par la présence d’un homme, et c’est hyper visible. Mais si encore ces femmes étaient adorables, ou même rien que vaguement sympathique, je serai prêt à passer outre, en me disant que bon, admettons, peut-être que le mec n’a pas fait exprès et que c’est juste une facilité d’écriture. Bah non. Elles sont manipulatrices, égocentriques, monomaniaques, parfois obsédées sexuelles, souvent castratrices. Et c’est censé être un film promouvant le pouvoir des femmes ? Personnellement, vous me montrez un personnage masculin qui a ces traits de caractère, je le considère direct comme la cible à abattre du film. Et ici ce sont presque tous les personnages féminins qui sont détestables (sauf la copine de l’ex-mari, mais pour sa défense, elle doit apparaître quelque chose comme quinze minutes à l’écran sur les deux heures de film. Elle n’a pas eu le temps de se chauffer !).
Troisièmement : c’est une putain d’apologie du viol, ni plus ni moins. Concrètement le viol de début de film n’est pas un crime, c’est au contraire un éveil sexuel pour notre Michèle nationale, qui se découvre derrière un gout pour la domination infligée et subie. En filigrane, on pourrait presque entendre dire « ne vous inquiétez pas si vous violez une femme, elle kiffe ça de toute façon ». Le film essaye presque de nous montrer qu’on peut construire une relation autour du viol. Avec son violeur. Violeur qui apparait comme un être torturé intérieurement, qui n’est pas responsable de ses pulsions incontrôlées. Nom de diantre, c’est qu’il m’arracherait presque une larme. En revanche quand on arrive au stade où la femme du violeur remercie Michèle pour « avoir su lui apporter ce qu’il lui fallait », tout de suite, je rigole BEAUCOUP moins.
Ils sont de plus en plus cheulou les sextoys de nos jours...
Et je vais donc pousser un coup de gueule : de nos jours, une femme qui se fait violée se fait systématiquement poser les mêmes questions : « comment tu étais habillée ? Est-ce que tu avais bu ? ». Et ne nous voilons pas la face, le but de ces questions est de tenter de déterminer le degré de responsabilité de la victime dans son agression. Une pratique qui est en soit scandaleuse, mais que je peux éventuellement comprendre : il est difficile pour quelqu’un d’appréhender que n’importe qui puisse être victime d’une épreuve aussi traumatisante qu’un viol, puisque ça veut dire que rien ne les protège, eux. C’est une pure réaction de peur : on veut tenter de particulariser la victime, de trouver une différence entre elle et nous pour se rassurer. « Si elle était habillée d’une jupe courte, ou si elle a passé la soirée à aguicher l’homme en question, c’est normal qu’il ait cherché à la violer ! Moi je ne fais pas ça, donc cela ne m’arrivera pas. » Sauf que malheureusement, chacun peut être victime d’un viol. Et il faut arriver à faire taire ce réflexe de culpabilisation des victimes. Il faut arrêter avec ces arguments fallacieux et faire oublier l’idée que le viol peut être en partie la faute de la victime. Et pour ça, ce film est complètement à coté de la plaque en nous montrant une femme qui se fait violer et en redemande.
Donc je me demande : pourquoi ? Pourquoi avoir voulu partir dans cette intrigue là ? Pourquoi avoir voulu montrer cette image de la femme, tout en se plantant sur la forme comme sur le fond ensuite ? Pourquoi avoir sélectionné ce film pour représenter la France aux oscars ? C’est vraiment cette image de la femme que nous voulons voir encenser par la critique étrangère ? C’est vraiment ce genre de mentalité pour laquelle nous voulons être connus dans le monde ?
  De toute façon, pour maintenant, j’estime que c’est de la faute des femmes : si elles n’avaient pas existé, je n’aurais pas eu à supporter le visionnage de ce film !

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