Bonjour à vous, infortunés
lecteurs, et bienvenue, une fois de plus, dans cette humble chronique !
Aujourd’hui, je vais m’attaquer à un sujet d’actualité : le film Elle, de Paul Verhoven, avec en rôle
principal Isabelle Hupert. Et je vous entends déjà préparer vos doigts pour
écrire un commentaire assassin à mon sujet concernant le fait que le film en
question est sorti fin mai 2016, et que nous sommes, à l’heure où j’écris cette
chronique, en octobre. Ou d’ailleurs vous ne pourrez peut être pas commenter,
car je n’ai encore aucune idée d’où vont atterrir ces chroniques, donc si ça
tombe, il ne sera pas possible de réagir. En tout cas vous en avez gros
derrière votre écran, et vous voulez le faire savoir. Comme je vous comprends !
| Mémorisez cette expression faciale, elle reviendra souvent |
Bref, le
film Elle est un sujet d’actualité
car il a été sélectionné parmi les films en langues étrangères pour concourir
aux Oscars. Parce que oui, Paul Verhoven, il n’est pas tout à fait
franco-français. Il est même carrément Néerlandais, et c’est surtout le
réalisateur de Robocop, Total Recall ou encore Starship
Troopers. Mais il décide tout de même de venir tourner son film en France,
et en langue française. Le rapport avec le reste de ses films ? Bah y en a
pas, et c’est bien ce qui m’a turlupiné quand j’ai vu l’affiche, et le
synopsis. Mais je vous avoue qu’après le visionnage, j’avais tellement d’autres
questions et interrogations que je n’ai pas eu le temps de m’attarder sur ce
menu détail.
De quoi que ça parle-t-il donc ?
Le film
nous parle de Michèle, cheffe d’une entreprise de développement de jeu vidéo
qui, un jour, se fait violer dans son salon par un type qui entre chez elle par
effraction en pleine journée. N’importe qui aurait appelé la police après ça,
mais pas Michèle, qui s’époussète un peu, remet sa jupe, et reprend tranquillou
son repas. Tout au plus évoque-t-elle la chose à un diner avec des amis, en
arguant que « c’est pas grave ». Limite elle aurait ajouté
« j’suis pas une pédale de bobo gauchiste » derrière que ça ne
m’aurait surpris qu’à moitié.
On en
profite pour découvrir une ribambelle de personnages secondaires, que je vais
tous vous présenter d’un coup histoire qu’on en finisse : on a donc la
meilleure pote de Michèle, qui bosse dans la même boîte qu’elle, et son mari, qui
couche avec Michèle ; le fils de Michèle qui est un genre de loser dépeint
comme un grand benêt naïf et allergique au travail ; la copine du fils qui
est insupportable et qui manifestement se sert de sa grossesse pour garder le
fils à maman riche dans son giron ; l’ex mari caricature de l’auteur
raté ; le développeur de jeu vidéo fayot au possible qui fantasme très peu
secrètement sur Michèle ; le développeur de jeu vidéo typé punk qui se
rebelle contre l’autorité de Michèle ; la mère de Michèle qui se tape des
petits minots tout en muscle de 25 ans ; et les voisins d’en face de
Michèle, petit couple catho tradi à faire pâlir un Versaillais mais dont le
mari semble avoir des vues sur Michèle.
Vous
l’avez compris, nous avons un film aussi égocentrique que son héroïne puisque
tout tourne autour de Michèle (et j’en ai déjà marre d’écrire ce prénom).
D’ailleurs vous noterez que c’est du coup le seul personnage dont j’ai retenu
le nom. Donc Michèle s’est faite violée (champagne Michèle !), et ma foi,
ça provoque chez elle un certain éveil sexuel. Elle commence presque à prendre
du plaisir à se faire harceler par son violeur (car oui, il la harcèle en
plus). Mais stupeur ! Un jour alors qu’il revient et qu’il recommence à la
violer (mais c’est pas grave car elle n’attendait que ça), elle parvient à
arracher sa cagoule, dévoilant son voisin d’en face qui avait des vues sur
elle !
| Saloperie de chat, toujours en train de me mater sous la douche |
Et je
me permets un aparté : vous allez sans doute râler pour le spoil. Et là je
vous dis « non ». Un « non » retentissant de protestation
et de paillettes. Car je ne considère pas cette révélation comme un spoil, et
la raison en est ultra simple : vu la façon dont sont présentés les
personnages et l’univers, le violeur NE PEUT PAS être un autre que lui. C’est
STRICTEMENT EVIDENT dès ses premières apparitions que c’est lui. Donc je
balance la révélation, et pi c’est tout. Et je m’en balek en prime, comme
disent les jeunes.
Bref,
une relation un peu SM s’instaure entre eux, puisque Michèle n’appelle toujours
pas la police (pour sa défense, elle a déjà eu pas mal de problème avec les
forces de l’ordre, notamment lorsque son père a été arrêté pour meurtres en
série et elle, alors âgée d’une dizaine d’années, soupçonnée de l’avoir aidé)
mais qu’en plus, se faire violer, ça a l’air de pas mal la titiller. Je vous
laisse néanmoins le soin de découvrir la fin du film, qui est tout de même un
tant soit peu inattendue.
Mais alors, quoiqu’il faut retenir de ce flim ?
Avant
toute chose je vais être franc : je n’ai pas du tout aimé ce film. Il m’a
excédé sur plusieurs points, et je vous avoue avoir hésité, à un moment, à
quitter la salle. Je ne l’ai cependant pas fait, car je suis un homme de
principe, et j’ai eu raison puisque cela me permet de vous déballer mon opinion
dans ces lignes, et donc d’égayer ma journée en crachant ma bile. Tout en me
faisant une petite séance de psychothérapie de groupe totalement gratuite.
Allons-y donc gaiement !
| BEST.SCREENSHOT.EVER |
La
première question que je me suis posée concerne la subversion du bouzin. Car je
pense très sincèrement que ce film se veut subversif. D’ailleurs, pour éviter
d’en perdre quelques uns et pour bien me faire comprendre, on va tenter de
définir le mot « subversif ». D’après le Larousse, cela veut dire « qui
est de nature à renverser l’ordre social et politique ». Appliqué au
cinéma, on va partir du principe qu’un film subversif c’est un film qui cherche
à renverser les codes sociaux et moraux classiques, vraisemblablement pour
causer un certain malaise et provoquer une remise en question (enfin en tout
cas c’est comme ça que je le vois). Pour bien illustrer le propos, je vais
reprendre un exemple déjà donné par le très éminent Karim Debbache dans son
émission Crossed (et Karim, si jamais un jour tu me lis, je suis ton plus grand
fan, je voudrais des enfants de toi) : le film The Devil’s Rejects. Un film dont les personnages principaux sont
des tueurs psychopathes nécrophiles qu’on finit par trouver attachant. Un peu
comme si un film mettait en scène Hitler et essayait de nous faire ressentir de
la compassion, presque du respect pour le monsieur. Ou encore si ce film
essayait de nous faire comprendre que finalement, la Shoah, c’était pas si
monstrueux. Je vous laisse imaginer le tableau.
Et je
trouve que Elle entre quand même
plutôt dans cette catégorie de film, notamment dans la mesure où il est
question d’une femme violée qui non seulement décide de ne pas chercher le
coupable, mais qui en plus en redemande et finit par entamer une relation avec
son violeur. Avouons que ce n’est pas banal et assez peu concevable dans le
cadre d’une société disons lambda. Bref, renversement des codes moraux, ça créé
un peu le malaise, jusque là le cahier des charges est respecté, on va pouvoir
bosser.
Mais en
fait non. Parce que pour que cette subversion soit réellement effective,
il faut réunir plusieurs éléments (à une vache près hein, c’est pas une science
exacte). Le premier, c’est un univers qui soit proche du notre, une diégèse qui
garde les mêmes codes moraux que notre monde, notre société, pour bien mettre
en valeur le renversement que l’on opère. Bon bah déjà, ici, c’est râpé. C’est
loupé, keutchi, walou. Bah oui parce que Michèle s’est faite violée, et passé
le début où les gens s’inquiètent un peu pour elle (mais pas tant que ça
d’ailleurs je trouve), bah ils finissent rapidement par s’en foutre. Le reste
est souvent tinté de scènes d’un clichés sans nom, comme lorsqu’elle insiste
sur une scène de viol d’un des jeux sur lesquels elle travaille, pour que ce
soit plus violent, parce que « la fille doit avoir l’air de prendre du
plaisir pendant le viol, ça va plaire au joueur ». Sérieusement les
mecs ? Y’a déjà une femme qui a dit ça un jour dans sa vie ? Bref,
déjà après 20 minutes, j’y croyais plus à ce qu’on me racontait. Et ça
s’aggrave par la suite : j’ai rarement vu des personnages secondaires
aussi caricaturaux et débiles. D’ailleurs même Michèle est quand même une
sacrée parodie de vieille bourge réac de droite, limite un personnage de sketch
d’ailleurs. A tel point que toutes ses réactions vis-à-vis de situations
quotidiennes sont prévisibles une fois qu’on a cerné le personnage. Et c’est
vrai pour tous les autres. Mention spéciale pour son fils, qui est carrément
con comme une chaise. Bref, rien de ce qui se passe à l’écran n’est même
vraisemblable et les relations entre personnages sont tellement navrantes de clichés
et d’approximation que c’en est risible.
| Voilà, c'est ça le management moderne |
Enfin,
la dernière chose à garder à l’esprit pour donner dans le subversif, c’est que
l’élément créant la subversion ne doit pas être expliqué. Le spectateur doit
ressentir cet élément comme étant normal, et que c’est justement les choses
« normales » autour qui doivent avoir l’air en décalage avec cet
élément. En gros, ici, pour que Michèle soit vraiment un personnage subversif,
il faudrait qu’elle fasse montre de ses pulsions « inattendues » sans
aucune raison apparente. Qu’elle aime se faire violer comme une femme aimerait
faire l’amour, ou comme elle aimerait la tarte aux pommes finalement, et que
tout dans le film cherche à faire de cette particularité quelque chose de
normal dans son monde à elle. Sauf qu’ici, on essaye de nous justifier cette
pulsion étrange en nous sortant son enfance difficile et les meurtres en série
commis par son père, ainsi que l’aide qu’elle lui a peut être apporté. Bah ça
nique tout le personnage. Puisque de ce fait, nous n’avons plus affaire à un
personnage différent par nature, mais à un personnage tout à fait normal, mais
qui a eu une enfance très difficile et cela se répercute sur sa vie d’adulte.
Du coup, le personnage subversif devient… commun. Et dans la catégorie des
échecs d’écriture, on est quelque part entre Christian Grey et Nicolas Sarkozy.
Ce qui est un peu flippant.
Donc la
subversion, c’est mort. Mais si seulement il n’y avait que ça… Je vais essayer
d’être bref, parce que je vais m’énerver tout seul après.
Première
chose : toutes les formes de harcèlement sexuel sont érotisées au maximum
et Michèle adore se faire harceler. Que ce soit par les employés de Michèle,
par le violeur, par Michèle sur ses employés, tout semble tourner autour de
l’envie de Michèle de se faire tringler. Bon on va commencer par rappeler que
le harcèlement sexuel est illégal. Apparemment y en a (beaucoup) qui ont
oublié. Et ensuite : putain c’est lourd… C’est quoi cette image de femme
« forte » mais qui aime secrètement se faire humilier ? C’est
tout ce que vous êtes capable de pondre ?
Deuxièmement : l’image de la
femme dans ce film est dégueulasse. C’est simple, il n’y a aucune relation
entre deux femmes qui ne soit pas définie par leur volonté permanente
d’attention d’un homme. Allez, on prend des exemples, parce que pour
maintenant, on n’a plus rien à perdre ! Michèle et sa meilleure
amie : en compétition pour l’attention sexuelle du mari, avec lequel elles
couchent toutes les deux. Michèle et sa voisine : en compétition pour
assouvir les désirs du mari/violeur. Michèle et la copine de son fils : en
compétition permanente pour s’attirer l’amour du fiston. Michèle et la copine
de son ex-mari : en compétition directe pour savoir qui mérite mieux le
mec. Michèle et sa mère : Michèle la déteste à cause de son père et des
mecs qu’elle se tape. En fait il n’y a aucune relation féminine qui ne soit pas
calibrée par la présence d’un homme, et c’est hyper visible. Mais si encore ces
femmes étaient adorables, ou même rien que vaguement sympathique, je serai prêt
à passer outre, en me disant que bon, admettons, peut-être que le mec n’a pas
fait exprès et que c’est juste une facilité d’écriture. Bah non. Elles sont
manipulatrices, égocentriques, monomaniaques, parfois obsédées sexuelles,
souvent castratrices. Et c’est censé être un film promouvant le pouvoir des
femmes ? Personnellement, vous me montrez un personnage masculin qui a ces
traits de caractère, je le considère direct comme la cible à abattre du film.
Et ici ce sont presque tous les personnages féminins qui sont détestables (sauf
la copine de l’ex-mari, mais pour sa défense, elle doit apparaître quelque
chose comme quinze minutes à l’écran sur les deux heures de film. Elle n’a pas
eu le temps de se chauffer !).
Troisièmement : c’est une
putain d’apologie du viol, ni plus ni moins. Concrètement le viol de début de
film n’est pas un crime, c’est au contraire un éveil sexuel pour notre Michèle
nationale, qui se découvre derrière un gout pour la domination infligée et
subie. En filigrane, on pourrait presque entendre dire « ne vous inquiétez
pas si vous violez une femme, elle kiffe ça de toute façon ». Le film
essaye presque de nous montrer qu’on peut construire une relation autour du
viol. Avec son violeur. Violeur qui apparait comme un être torturé
intérieurement, qui n’est pas responsable de ses pulsions incontrôlées. Nom de
diantre, c’est qu’il m’arracherait presque une larme. En revanche quand on arrive
au stade où la femme du violeur remercie Michèle pour « avoir su lui
apporter ce qu’il lui fallait », tout de suite, je rigole BEAUCOUP moins.
| Ils sont de plus en plus cheulou les sextoys de nos jours... |
Et je vais donc pousser un coup
de gueule : de nos jours, une femme qui se fait violée se fait
systématiquement poser les mêmes questions : « comment tu étais
habillée ? Est-ce que tu avais bu ? ». Et ne nous voilons pas la
face, le but de ces questions est de tenter de déterminer le degré de
responsabilité de la victime dans son agression. Une pratique qui est en soit
scandaleuse, mais que je peux éventuellement comprendre : il est difficile
pour quelqu’un d’appréhender que n’importe qui puisse être victime d’une
épreuve aussi traumatisante qu’un viol, puisque ça veut dire que rien ne les
protège, eux. C’est une pure réaction de peur : on veut tenter de
particulariser la victime, de trouver une différence entre elle et nous pour se
rassurer. « Si elle était habillée d’une jupe courte, ou si elle a passé
la soirée à aguicher l’homme en question, c’est normal qu’il ait cherché à la
violer ! Moi je ne fais pas ça, donc cela ne m’arrivera pas. » Sauf
que malheureusement, chacun peut être victime d’un viol. Et il faut arriver à
faire taire ce réflexe de culpabilisation des victimes. Il faut arrêter avec
ces arguments fallacieux et faire oublier l’idée que le viol peut être en
partie la faute de la victime. Et pour ça, ce film est complètement à coté de
la plaque en nous montrant une femme qui se fait violer et en redemande.
Donc je me demande :
pourquoi ? Pourquoi avoir voulu partir dans cette intrigue là ?
Pourquoi avoir voulu montrer cette image de la femme, tout en se plantant sur
la forme comme sur le fond ensuite ? Pourquoi avoir sélectionné ce film
pour représenter la France aux oscars ? C’est vraiment cette image de la
femme que nous voulons voir encenser par la critique étrangère ? C’est
vraiment ce genre de mentalité pour laquelle nous voulons être connus dans le
monde ?
De toute façon, pour maintenant, j’estime que c’est de la faute des
femmes : si elles n’avaient pas existé, je n’aurais pas eu à supporter le
visionnage de ce film !
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