Un grand bonjour à tous !
Oui, un grand, parce que je suis comme ça moi, généreux avec les mots. Donc je
vous envoie un grand « bonjour », un énorme « bienvenue »,
un fantastique « comment allez-vous ? » et surtout, un
pantagruélique, pharaonique, démentiel « très bien et vous ? ».
Bon, l’introduction était
terminée, entrons dans le vif du sujet ! Aujourd’hui nous allons parler du
film Juste la fin du monde de
Xavier Dolan, qui se paye pour l’occasion un casting 4 étoiles composé de
Vincent Cassel, de Léa Seydoux, de Marion Cotillard (qui, par bonheur, ne meurt
pas dans le film, nous épargnant ainsi un sacré fou rire), Gaspard Ulliel et
Nathalie Baye. Excusez du peu !
De quoi que ça parle-t-il
donc ?
Juste la fin du monde raconte l’histoire de Louis, un jeune
écrivain homosexuel qui, après 12 ans d’absence, retourne dans sa famille, dans
son petit village d’origine au fin fond de la campagne profonde, pour leur
annoncer son décès prochain. Il se retrouve donc confronté à son grand frère
Antoine et sa femme Catherine, à sa jeune sœur Suzanne, et à sa mère, Martine.
| C'est qui? |
Et je m’arrêterai là concernant
le déroulement du film, car ce n’est pas un film qui vaut le coup d’être
raconté. En revanche il vaut le coup d’être vu (ce qui, maintenant que j’y
pense, est probablement l’apanage de tout film qui tient la route). On va de
querelles familiales en discussions profondes, en passant par le ressassement
de vieux souvenirs issus d’un autre temps. Parfois Louis revit une partie de
son enfance, de son adolescence. Bref, rien que je sois capable de raconter
sans en ôter tout le sel et tout l’intérêt, et ce malgré mon incomparable style
littéraire (oui, l’auto-flatterie et la modestie sont deux arts que je maitrise
comme personne).
A la place, et parce que j’ai
quand même envie de vous parler de quelque chose (je ne serai pas là dans le
cas contraire), je vais vous parler de mise en scène. Et peut-être un peu de
poésie, mais je vous avoue être un peu bancal sur ce sujet. On va tenter quand
même ceci dit.
Le film est tourné de façon très intimiste,
avec notamment beaucoup de plans resserrés, contenant uniquement le visage des
personnages. Bon, moi ça m’a mit très mal à l’aise, un peu comme si quelqu’un
venait me parler à trois centimètres de mon visage en me soufflant son haleine
fétide à la figure (oui, dans mon imagination, les gens ont toujours l’haleine
fétide). Heureusement, nous sommes dans une salle de cinéma classique, et nulle
odeur nauséabonde issue des orifices buccaux des personnages, donc je survis.
D’autant que ce cadrage est très adapté à l’histoire, qui cherche à nous donner
un aperçu des pensées profondes de nos personnages par leurs mimiques, leurs
actes manqués et les paroles qui leur échappent.
Ce « détail » mis de
côté, on se retrouve face à un film assez rythmé, empreint d’une certaine
poésie et d’une beauté certaine dans ses plans et ses quelques moments de
quiétudes, alors on s’abandonne, on oublie ses a priori en s’immergeant dans la
musique rare mais toujours juste, on se laisse porter par les situations
abracadabrantes et par la question qui nous obsède : Louis va-t-il réussir
à dire à sa famille qu’il va mourir ?
Petit aparté fétichisme :
un peu comme pour les néons dans Nerve, ici c’est la cigarette qui a une
présence à l’écran presque égale à celle des acteurs ! Limite j’aurais
tendance à croire que la cigarette est utilisée comme moteur pour l’intrigue,
puisque toutes les cigarettes sont des prétextes pour discuter : on
s’isole pour fumer discrètement et échanger de grandes déclaration, on va
acheter des clopes pour s’engueuler en voiture, on sort une cigarette pour
s’empêcher de dire une vacherie. Bref, le cancer du poumon rapproche les gens
plus que les bonnes bitures entre amis ! Et j’aime autant vous dire que
cette idée choque profondément mon petit cœur de nordique alcoolique.
Mais alors, quoiqu’il faut
retenir de ce flim ?
Au-delà de cette surface
familiale dysfonctionnelle mais pas tant que ça (je suis sur que beaucoup
d’entre vous reconnaîtront tout ou partie des membres de leur famille chez les
personnages), le film parle pour moi de deux choses très différentes. Je vais
tâcher de m’expliquer du mieux que je peux, ce qui malheureusement ne vole pas
bien haut.
Le premier sujet abordé, selon
moi (je vais d’ailleurs arrêter de le préciser parce que bon, c’est moi qui
écrit, donc c’est forcément selon moi, ou alors j’ai des problèmes autrement
plus importants), ce sont les prisons que nous maintenons tous autour de nous,
les barrières que nous nous imposons nous même pour nous empêcher d’évoluer.
Ces prisons sont multiples et parfois propres à chaque personnage. Prenons
Suzanne, la jeune sœur. Elle a sa chambre dans le sous sol de la maison, a
tendance à s’engueuler avec un peu tout le monde (certains dialogues
ressemblant d’ailleurs à du Sarkozy au salon de l’agriculture), possède une
voiture pour pouvoir aller voir ses copines facilement (mais aussi pour emmener
sa mère un peu partout, cette dernière ne conduisant pas). Elle avoue elle-même
vouloir partir, mais bon, elle a son confort. Alors elle reste chez elle, et
elle se shoote pour passer le temps. C’est d’autant plus touchant que c’est
probablement l’une des prisons les plus communes de nos sociétés : la peur
du risque, la peur de l’inconnu. Suzanne est jeune, elle a toute la vie devant
elle et pourrait facilement partir, tout laisser derrière elle et commencer une
nouvelle vie. Comme a fait son frère finalement. Mais elle s’y refuse,
préférant la facilité. Comme beaucoup d’entre nous.
| You talkin' to me? |
Martine, la mère, est
prisonnière de son passé. Elle passe beaucoup de temps à se remémorer les bons
moments d’une époque à présent révolue. Elle reste lucide sur la situation de
ses enfants, garde la réalité à l’esprit, mais préfère se réfugier quand elle
peut dans ses visions d’antan. Elle se languit de l’époque où tout était
simple, où toute la famille était réunie, heureuse, et cherche désespérément à
retrouver ces moments, même s’il faut les forcer pour cela. Pourtant c’est
probablement le personnage le plus libre et le plus lucide sur sa situation.
Elle est par exemple la première à comprendre de quoi ont besoin Suzanne et
Antoine de la part de Louis, bien qu’elle reste aveugle à ce dont elle-même a
besoin. Mais de quoi a-t-elle besoin finalement ? N’a-t-elle pas tout ce
qu’elle veut dans ses souvenirs déjà ?
Antoine, le frère ainé, est
probablement le plus à plaindre, puisqu’il cumule deux des pires prisons qui
soient, mais malheureusement deux des plus communes. Pire encore, ces deux
prisons sont directement imbriquées l’une dans l’autre. Commençons dans
l’ordre. Le principal problème d’Antoine, c’est qu’il est totalement captif de
l’image qu’il pense que les autres ont de lui. Il pense que son frère Louis
n’est pas intéressé par sa vie. Il pense que sa mère ne le considère que comme
un rabat joie. Il pense que sa sœur le déteste. Il pense que tout le monde
imagine qu’il brime sa femme. Et lui, cherchant à donner tort à cette image
qu’il estime fausse, en fait des caisses. Mais genre des vraies caisses. Le
genre que quand tu vois un mec faire ça, tu le prends pour un psychopathe. Ce
qui du coup sonne faux et empire encore l’image qu’il donne. Vous la sentez la
galère ? Pire encore, si c’est possible, les rares points positifs que les
gens perçoivent chez lui sont eux aussi faux. Par exemple, tout le monde pense
qu’il sait écouter les gens. Bah non. En fait ça l’emmerde d’écouter les gens.
Parce que lui, et là je cite, « s’il ne dit rien, c’est pour donner
l’exemple et que les gens lui foutent la paix ».
Et ainsi, il se retrouve dans sa
deuxième cage : la frustration qu’il ressent en permanence. Il voudrait
pouvoir se sortir de cette image. Il voudrait pouvoir se sortir de cette vie.
Il voudrait pouvoir changer de travail, faire quelque chose de plus intéressant
que travailler dans une petite usine. Faire quelque chose qui le rende fier de
lui-même. Mais il n’y parvient pas. Alors sa frustration gonfle, gonfle et se
transforme en colère. Et cette colère monte, bout, et finit par devenir de la
violence, qui éclate alors sur la première personne qui le contrariera. Ce qui
empire encore l’image qu’il a de lui-même qui lui colle à la peau et dont il
n’arrive pas à se libérer. Et Antoine sombre dans cette spirale sans fin,
sans échappatoire possible.
Et enfin, il reste Louis.
L’auteur à succès qui a disparu pendant douze ans, donnant parfois signe de vie
via une carte postale. De quoi pourrait-il être prisonnier ? Après tout,
lui a réussi à quitter son village, sa maison, sa famille. Lui a « réussi
sa vie ». Oui, mais lui il revient. Il revient car il est lui aussi
prisonnier. De sa nostalgie un peu. Mais surtout de son devoir envers sa
famille. Lui a su partir, se libérer ; il doit montrer la voie à son
frère, à sa sœur. Il doit le faire, mais d’un autre côté il ne sait comment
trouver les mots pour atteindre le cœur de ces personnes qu’il a quitté pendant
toutes ses années. Il ne les connait plus et s’en rend compte au fur et à
mesure, incapable de retrouver l’étincelle qui l’avait amené à revenir. Il est
palpable que toute sa famille l’admire et veut l’impressionner, mais qu’en même
temps ils lui en veulent d’être parti. Et lui, au milieu de tout ça, doit
trouver le moyen de leur annoncer qu’il va passer l’arme à gauche. Alors il
s’emmêle, ne sait pas quoi dire, donc ne dit rien, et les choses empirent
encore un peu plus.
| Grosse ambiance de repas de famille |
Maintenant je m’arrête un
instant. Vous avez peut-être remarqué que jusqu’ici je n’ai pas analysé
grand-chose et que je me suis contenté de constater les problèmes que pouvaient
avoir les personnages. La raison en est-très simple : je suis intimement
persuadé que chaque lecteur qui lira cela, et par extension n’importe quelle
personne ayant vu ce film se reconnaîtra dans l’un de ses personnages. Parce
que c’est là la force de ce film : sa force évocatrice est telle que ces
personnages pourtant si peu attachants ressemblent à chacun de nous. Par
exemple, moi je suis quelqu’un de très frustré. Car j’ai toujours voulu être
danseuse étoile (et notez bien le féminin). Sauf que pas de bol, je suis un homme (et entends le rester, le Brésil ne
m’attire pas, merci), je suis plus taillé comme un vieux bucheron que comme un
cygne gracieux, et que je me retrouve à écrire des chroniques à l’intérêt au
mieux douteux sur un morceau obscur d’internet. Mais assez parlé de moi, je
vous laisse faire votre introspection pour trouver votre prison
personnelle !
Rassurez-vous cependant, le film
nous parle aussi de départ et de libération. La bonne nouvelle ! Bon par
contre il n’indique pas comment procéder. Faut pas trop en demander non plus. Mais
alors comment fait-il ? En fait c’est le film dans sa globalité qui
constitue une sorte de libération. C’est un voyage, un départ vers le passé de
Louis, qui va passer par différentes péripéties, différents problèmes
avec les membres de sa famille. Chaque discussion le fait s’empêtrer un peu
plus loin dans sa cage. Alors au final, que décide-t-il de faire ?
D’ouvrir la porte et de partir. Tout simplement. Et la simple phrase prononcée
par le héros « je dois partir » cristallise ce moment où il se rend
compte que pour se libérer de son poids, il doit partir. Tout laisser derrière
lui. Et ce faisant, il donne l’exemple à sa famille : il ne peut pas les
aider à se libérer. Il ne peut pas ouvrir la porte de leur cellule. Pour une
raison simple : cette porte est déjà ouverte. Et cette porte est toujours
ouverte, il suffit de la franchir. Mais la plupart des gens ne s’en rendent pas
compte. Et c’est en cela que Louis est un guide, il montre la voie. Et pour
affirmer cette thèse, je me base sur deux choses.
La première est une métaphore
enclenchée par l’arrivée d’un oiseau dans la maison. Cet oiseau cherche
désespérément la sortie, sans y parvenir. Et parce qu’il n’y parvient pas, il
meurt, allongé sur le tapis du salon, alors qu’en arrière plan, Louis sort de la
bâtisse par la porte. Le contraste est fort : l’oiseau n’est pas parvenu à
sortir et se tue en essayant. Louis y parvient, et repars vers la vie (enfin,
ce qu’il lui en reste en tout cas).
Le deuxième élément me fait me
dire que finalement, il a peut-être réussi son rôle de guide, d’exemple. Il
s’agit de la dernière chose que l’on voit de la famille de Louis. Cette
dernière chose, c’est la main de Martine, la mère, qui fume une cigarette en
discutant avec son fils. Ce qu’elle n’avait jusqu’alors jamais fait, car elle
voulait sauver les apparences auprès d’Antoine. Et la voilà qui se libère déjà
de cette prison là. Alors effectivement, c’’était peut-être pas ça sa priorité.
Mais bon d’un autre côté, elle dit aussi à son fils que la prochaine fois qu’il
viendra, ils seront plus préparés. Ce qui veut dire qu’elle a aussi arrêté de
regarder le passé et qu’elle jette un œil dans l’avenir. Du coup, la
voilà qui la première passe la porte de ses cages. Tout ça sous l’impulsion de
Louis, qui nous montre par la même occasion qu’en tant que guide spirituel, il
n’a pas à rougir devant Jésus ou Krishna. Allez, acclamons Louis le
libérateur !
Bon je me recentre et je conclus
sur ce film. Je vous avais dit en préambule que j’y étais allé avec réticence.
La raison était que j’étais certain que le film allait être triste à mourir et
que j’allais avoir envie de me pendre en me tirant une balle en me jetant dans
le canal avec du ciment aux pieds avant la dernière demi heure. Et bien je me
trompais, car ce film, une fois la coque un peu grisâtre et mélancolique
enlevée, incarne l’espoir. L’espoir pour nous tous, pauvres mortels, qui sommes
souvent prisonnier de nous même. L’espoir qui réside dans cette affirmation que
cette prison possède une porte, et que cette porte est toujours ouverte. Il
vous appartient de la franchir.
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