lundi 31 octobre 2016

Nerve



Ho ho ho. Et non, ce n’est pas Noël, c’est simplement l’heure d’une nouvelle chronique. Et je vous avoue que là comme ça, tel que vous me voyez derrière mon clavier, je suis passablement guilleret. Gai comme pinson, plus jaune qu’un citron, et remonté comme une pendule. Tout ça. Parce qu’aujourd’hui, je vais vous parler du film Nerve, de Ariel Schulman et Henry Jost, deux réalisateurs ayant travaillé notamment sur Paranormal Activity 3 et 4 (des films pour lesquels je n’ai… aucun avis)  et avec en personnages principaux la très mignonne Emma Roberts et le non moins mignon Dave Franco. Et j’aime autant vous dire que ça va swinguer.

De quoi que ça parle-t-il donc ?
Nerve nous parle d’une jeune lycéenne, Venus, alias Vee, un peu coincée et vivant seule avec sa mère suite à la mort de son frère. Elle aimerait beaucoup sortir du cocon familial mais est incapable de l’avouer à sa bien aimée génitrice. Faut dire que la demoiselle manque de balls. Bon okay, c’est normal, c’est une fille, mais appelons ça des Psycho Balls si vous le voulez bien. Bref, elle manque de Psycho Balls, et on le voit bien vite quand on fait la rencontre de sa meilleure amie, Syd, une jeune femme exubérante, clamant haut et fort n’avoir peur de rien.
FUCK YEAH!! DES NÉONS!
                Et elle le prouve, puisqu’elle participe au jeu Nerve : un jeu underground dans lequel les gens peuvent s’inscrire dans l’une des deux catégories : les Watchers (ou Voyeurs en français, mais j’ai toujours préféré Shakespeare à Molière. Ce qui me vaudra surement d’être renvoyé dans mon pays lorsque Marine Lepen passera présidente) et les Players. Les seconds sont mis au défi par les premiers de réaliser des challenges un peu loufoques et ballsy (oui cette chronique sera sous le signe du testicule) contre une somme d’argent qui augmente au fur et à mesure de l’intensité du défi. L’objectif : aller toujours plus loin pour gagner toujours plus d’argent, et finir en finale. Pourquoi ? Je vous avoue que j’ai pas compris car le film arrête assez rapidement de parler de la finalité de la chose pour mettre en avant le côté bling bling et célébrité de ce jeu, qui donne à des jeunes une notoriété express dont ils rêvent pour se différencier de la masse.
                Et notre amie Vee, bah elle hésite un peu. Car elle a rudement besoin d’argent pour aller étudier dans sa prestigieuse école d’art de l’autre bout des USA. Et elle a aussi besoin de Psycho Boules (petite pensée pour l’Académie Française, que j’entends d’ici se frapper le front d’indignation) pour avouer à sa môman qu’elle voudrait faire ça. Et quelque part dans le fond de sa tête, elle se dit que Nerve pourrait bien l’aider à obtenir ces deux choses. Donc elle craque, et se lance. Elle rencontre rapidement Ian, un autre joueur de Nerve, et les Watchers s’intéressent beaucoup à notre petit couple de fortune en les mettant sciemment sur la route l’un de l’autre et en les défiant d’aller toujours plus loin dans les défis, mais ensemble.
                Au début c’est assez excitant, et assez rigolo, d’autant que Vee se découvre en même temps que nous une ENORME paire de Cérébro-Testicules, en faisant des trucs de fou. Seulement cela tourne vite au cauchemar, et Vee se retrouve, malgré elle, piégée dans le jeu. Elle n’a donc plus qu’un seul choix : détruire le jeu de l’intérieur, ou en rester prisonnière à jamais.

Et je m’arrête là sur la description des événements du film, car c’est avant tout un film qui se voit. Je pourrais vous détailler les défis réalisés, mais cela n’a pas vraiment de sens, en plus de vous gâcher la surprise. Je vais juste vous dire rapidement comment elle parvient à détruire le jeu : en étant tuée en direct, pendant que ses amis reprogramment le jeu (possible car il est Open Source) pour qu’il dévoile les adresses IP et identité de tous les Watchers, tout en les accusant d’être les complices d’un meurtre. Ce qui est d’ailleurs absolument véridique. Ainsi notre héroïne prouve au monde que franchement, elle en avait dans le pantalon. Enfin, dans le Psycho-Pantalon.

J’ajouterai aussi que Messieurs Schulman et Jost sont sans doute de grands fétichistes du néon. Il y en a absolument partout, c’est incroyable. J’imagine tout à fait les accessoiristes :
-          Mec, on a reçu le matos commandé par les réal’.
-          Ah super, alors on a quoi ?
-          Des néons.
-          Comment ça des néons ?
-          Bah, des néons. Des bleus, des rouges, des blancs, des petits, des grands…
-          Non mais merci, je sais que ce que c’est un néon ! Mais on a quoi d’autre ?
-          Ah bah rien. Juste des néons.
-          Ah. Bon bah, fais péter. Ils veulent du néon, on va leur en donner, c’est moi qui te le dis mon petit Roger !
(oui l’accessoiriste s’appelle Roger. Je ne sais pas pourquoi, ça me parle un accessoiriste qui s’appelle
Roger.)

Mais alors, quoiqu’il faut retenir de ce flim ?
                Pour vous parler de ce que j’ai retenu et qui m’a vraiment plu, il faut d’abord que je vous parle des deux choses que j’anticipais avant d’aller voir le film.
                La première chose à laquelle je m’attendais, et dont j’avais peur, c’est d’un film un peu nanard écrit par des vieux pour des jeunes. Ou plutôt pour l’idée qu’ils se font des jeunes. Donc des jeunes à capuches pseudo rebelles, qui passent leur vie à envoyer des SMS et à discuter sur Facebook. Et là… bon okay on a un peu ça, mais pas à outrance. En fait on a plutôt l’impression qu’ils traitent les ados avec bienveillance, en les considérant non pas comme des jeunes, mais comme des jeunes adultes (notez le petit mot supplémentaire qui fait toute la différence. Langue française, sublime que tu es –Marine, si tu m’entends, ne m’expulse pas…). Oui nous avons des ados parfois un peu paumé, un peu révolté, mais pas par pure esprit de contradiction mais bien parce qu’ils veulent trouver une place dans la société, une place qui leur sera propre.
Cette image cache une TRÈS mauvaise blague
                Et tout ça passe par des éléments de mises en scène qui, je dois l’avouer, m’ont assez bluffé, avec beaucoup d’effets rappelant les messageries instantanées, obéissant aux codes d’internet et de l’ergonomie, et qui m’a d’ailleurs fait me poser une petite question concernant les placements produits : à quel moment le placement de produit devient une façon d’ancrer son univers ? En effet, la scène d’ouverture du film, c’est Vee qui ouvre son mac, ouvre Safari, Gmail, Skype, Instagram, Flickr, etc… Bref, au début je me suis amusé à compter les placements produits. Et arrivé au-delà de 8, je me suis dit que finalement, ça se voyait beaucoup quand même. Et puis en y repensant, je me dis que le but n’était sans doute pas de gagner un peu de thune, d’autant que tout le reste du film en est totalement vierge. Pourtant y’avait moyen : il y a quand même tout un bon quart d’heure du film pendant laquelle Vee et Ian font du shopping dans un grand magasin. Franchement, placer un petit Gucci, ou un petit Louis Vuitton, c’était hyper simple. Bah même pas. Ma petite âme de consumériste s’en retrouve toute déçue… En revanche mon esprit de cinéphile apprécie vachement qu’on ne le prenne pas pour une vache à lait.
                Du coup je passe du coq à l’âne (ouais après les couilles, la ferme) pour vous parler de la mise en scène. Putain ça claque. Excusez-moi pour la grossièreté, mais nom de Dieu ! J’ai vécu ce film comme rarement et c’est intégralement à cause de la mise en scène. Les scènes sont presque toujours filmées soit par les téléphones des Watchers, soit par celui de nos Players pour une immersion totale, et le reste du film est totalement survolté, à tel point qu’on se rend compte avec difficulté qu’en fait tous les événements à l’écran se déroulent sur une seule journée. La mise en scène était tellement prenante que, sur la vie de Zach Braff, certaines scènes m’ont laissé tout transpirant. A titre d’exemple, l’un des défis consiste à traverser l’espace entre deux immeubles sur une échelle posée à l’horizontale (au 6eme étage bien sur, on n’est pas des pédés). Nous voyons cette scène deux fois : la première fois du point de vue d’un des personnages qui échoue, et la seconde du point de vue d’un personnage qui réussit. Et nondidju, j’ai vécu ces scènes comme jamais. J’ai tellement vécu ces scènes que j’ai à peine remarqué ma voisine de cinéma, au demeurant pourtant charmante, essayait de me broyer la main et le bras pour se persuader que non, elle ne risquait rien. Oui mesdames et messieurs, j’ai complètement ignoré une plantureuse poitrine féminine pourtant collée à mon biceps saillant (oui je fais un peu de sport entre deux débats philosophiques) pour me concentrer exclusivement sur les images qu’il y avait sous mes yeux. Et ça, c’est quand même une performance qui mérite que je lui tire mon chapeau. Car je porte le chapeau. Je trouve que ça me va bien.
                Mais revenons à nos moutons (et une autre transition agricole, une !) ou plutôt à notre film. Qu’attendais-je d’autre ? Et bien quand j’en ai lu le synopsis, j’y ai tout de suite vu le potentiel d’une super critique sur notre besoin permanent de spectacle, et sur le côté spectateur de notre société (on pense notamment à ces gens qui filment un accident au lieu d’appeler des secours). Je le dis : je n’ai pas été déçu, et c’est une formidable critique de tout ce que Youtube a pu créer de pire dans notre société. Et pourtant j’adore Youtube.
                Donc si on résume, sont dénoncés dans ce film : le besoin viscéral d’attention et de célébrité mais éphémère des Players, la recherche malsaine de spectacle, la puissance de l’anonymat d’internet qui pousse parfois à commettre des atrocités, la pression des pairs, l’effet de foule, cette pseudo segmentation des gens entre les Players, ceux qui agissent et prennent leur vie en main, et les Watchers, ceux qui préfèrent regarder les autres faire. Et là y’a un paquet de choses à dire.
Cadeau pour vous, mesdames (ou messieurs d'ailleurs)
                Déjà, toute la partie recherche d’attention, de célébrité, le besoin de spectacle, tout ça est représenté de façon très malsaine, et un peu de recul suffit à se rendre compte que tout ça est hyper flippant, même si les personnages ont l’air de trouver ça cool. Et c’est ça en fait qui rend le message puissant : tout a l’air cool. Tout a une image vraiment jeune, vraiment moderne, dynamique. L’esthétique est hyper flashy, hyper funky, mais ce qu’on nous montre est à la limite de l’inhumain. Oui car il faut pas oublier que ce sont une bande de mecs derrière leurs téléphones qui font faire des conneries à d’autres gens, mettant leur vie en danger, contre quelques dollars. Moi la dernière fois que j’ai vu ça, c’était dans des arènes de gladiateurs.
                Et d’ailleurs BIM !! transition : en parlant d’arène, la finale de Nerve se tient dans une arène, et est censé être un duel à mort. Sauf que Vee et Ian, se retrouvant l’un en face de l’autre, refusent de participer. Surgit alors un autre finaliste, imprévu au programme, qui lui chauffe la salle comme jamais pour avoir le droit de tuer Vee. Et vous savez ce qu’ils font ? Bah ils votent. Ils votent pour mettre à mort notre héroïne. Et devant nos yeux ébahis, on voit des gars, qui pourtant la connaissent, voter pour qu’elle se fasse exécuter sous leurs yeux. Et le « oui » l’emporte en plus ! On parle de plusieurs milliers de personnes, dont des enfants et des parents, qui votent pour mettre à mort une lycéenne au milieu d’une arène !
                Et finalement, ce genre de truc n’est pas très différents de ces types sur internet qui n’ont pour unique passe temps de descendre bêtement tout ce qui passe sur la Toile. Ces mecs qui poussent parfois des jeunes fragiles psychologiquement à la dépression. Ces mecs « cools » qui prennent un gars au hasard dans le lycée comme tête de turc et s’acharnent sur lui comme une meute de hyène sur une carcasse. C’est juste le même esprit poussé à l’extrême. Le même qui pousse des manifestants à affronter des CRS, des CRS à cogner sur des manifestants. Un simple effet de groupe mélangé à de l’adrénaline. Et lorsqu’apparaît sur l’écran des téléphones des Watchers et sur celui du cinéma « Félicitations, vous êtes complice d’un meurtre », ce n’est pas seulement les Watchers qui sont interpelés, mais aussi nous autres spectateurs.
                Ce qui m’amène à un dernier point : la différence entre Players et Watchers. Tout le film nous rabâche que les Players sont les personnes au cœur de l’action, de courageux casse-cou qui n’ont peur de rien, alors que les Watchers ne sont que des passifs restant bien tranquille chez eux. Sauf que c’est faux. Le film nous ment. Bouh ! Vilain film. Et oui, car tous ces défis, ce sont bien les Watchers qui les proposent. Qui a permis à Vee de rencontrer Ian ? Les Watchers. Qui a fait risquer sa vie à Vee ? Les Watchers. Qui a cherché à faire perdre totalement toute confiance en elle à Syd, la meilleure amie de Vee, en lui donnant comme défi une chose qu’elle est viscéralement incapable de faire ? Les Watchers.

Qui a voté pour que Vee soit exécutée devant leur écran ? Les Watchers.

Et il est là le nœud du message, mesdames et messieurs. Vous autres, Watchers, qui êtes sagement à l’abri derrière votre écran et votre anonymat, êtes aussi acteurs dans ce monde que les Players. Vos inactions devant le crime vous rend aussi coupable que son auteur. Vous êtes aussi les acteurs de vos vies. Il vous faut prendre vos responsabilités ainsi que la mesure de vos actes. Donc levez-vous, militez pour un monde meilleur, allez aider votre prochains, écrivez des chroniques sur un sujet qui vous passionne, bref, contribuez, vous aussi, à rendre ce monde plus joyeux, plus lumineux qu’il ne l’était hier.

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