mardi 20 décembre 2016

Premier Contact



Bonjour à tous ! Ou plutôt bonsoir, car me connaissant, je publie sans doute cette chronique vers 20h, pendant que vous mangez. Et bien bon appétit ! Profitez-en car ce soir, je vais vous régaler avec un petit film récent qu’il est vraiment bien. Un bon film de science fiction comme je les aime. Car oui, mes chers lecteurs, nous allons parler de Premier Contact, réalisé par Denis Villeneuve, avec dans les rôles principaux Amy Adams, Jeremy Renner et Forest Whitaker.

De quoi que ça parle-t-il donc ?
Les suppositoires, c'est plus ce que c'était...
Notre héros dans cette histoire sera le Docteur Louise Banks, expert en linguistique sous toutes ses formes. Nous en savons somme toute assez peu sur elle, mais le film ne nous laisse pas croire que sa vie est exceptionnelle : de la grisaille, de la solitude, c’est tout ce qu’il nous montre. Giga teuf donc. Mais heureusement (car sinon il n’y aurait pas de films) cela ne va pas durer, car un jour, sans aucune explication, 12 objets volants non identifiés, en forme de galet noir un peu étrange, apparaissent dans les espaces aériens de plusieurs pays. Personne n’en sort, et les gouvernements en restreignent très vite l’accès au public.
        Bref, plus personne n’a plus aucune info sur ces vaisseaux manifestement extra-terrestres. Exceptée notre héroïne, qui va bien vite se retrouver missionnée en tant qu’experte linguistique pour tenter de comprendre ce que ces visiteurs veulent. Elle se retrouve ainsi, en compagnie de Ian Donnelly, éminent astro-physicien, à la tête d’une équipe de chercheurs chargée de percer le secret du langage de ces êtres venus d’ailleurs.
Et pour cela, elle doit les rencontrer. Une rencontre qui dépasse tout ce qu’elle a pu vivre. Imaginez-vous une grande salle rectangulaire de pierre noire, avec une paroi semblable à du verre en son centre, qui la coupe en deux. Une partie est occupée par l’équipe humaine, et l’autre est remplie d’une atmosphère brumeuse blanche dans laquelle évolue deux extra-terrestres, qui sont rapidement renommés heptapodes, à cause de leurs sept pattes.
        Il va maintenant falloir à Ian et Louise percer les secrets du langage des heptapodes afin de comprendre leurs intentions. Le travail sera difficile car leur langue écrite fonctionne à base de cercles complexes dont les reliefs expriment des idées, des mots, des processus. Pour rendre la tâche plus difficile, la panique s’empare du reste du monde : les émeutes se multiplient chez les populations effrayées, et la répression se fait du plus en plus dure. En parallèle, des extrémistes nationalistes prônent la guerre avec ses envahisseurs indésirables et recommandent à tous de prendre les armes (promis Marine Lepen n’apparaît pas dans ce film).
        Le temps est compté pour Ian et Louise, mais cette dernière va faire une découverte stupéfiante…
"Dit donc, c'est rudement épuré Ikéa maintenant!"
Dont je ne vous parlerai pas ! Car une fois n’est pas coutume, nous avons ici un film dont le retournement de situation de fin de film donne un tout autre sens à son histoire. Cela va même plus loin que ça, mais j’y reviendrai plus tard. 


Mais alors, quoiqu’il faut retenir de ce flim ?
                Je fais face ici, chers lecteurs, à un problème épineux. En effet, j’ai absolument adoré ce film, mais je l’ai adoré à cause du même retournement de situation dont je vous parle deux lignes au dessus. Sauf que je ne peux pas vous en parler sans vous spoiler, et cela vous gâcherait le film. Je vais donc essayer de partager avec vous les qualités de ce film, tout en omettant sa principale.
La première chose que j’ai envie de mettre en avant, c’est l’aspect science fiction conceptuelle qui est, pour une fois, bien exploitée. Ce que j’appelle l’aspect science fiction conceptuelle, c’est le fait que le film parte d’un principe spécifique et quasiment impossible dans la réalité, et déroule son histoire pour imaginer ce qu’il se passerait. De nombreux exemples pavent le paysage culturel de ces dernières décennies, notamment dans la littérature (je vous conseille Frank Herbert et Ian Banks, c’est de bonne facture).
Au cinéma, c’était un peu plus rare et pas forcément bien exploité pour des tas de raisons. Je pense notamment à Edge of Tomorrow, dont j’avais trouvé le concept excellent mais la fin trop édulcorée, probablement à cause de sa sortie estivale. Je pense aussi à In Time dont j’avais aussi adoré le concept de gens éternellement jeunes mais qui doivent gagner littéralement leur vie, en payant et en gagnant du temps. Malheureusement le scénario était assez bas de plafond et pas franchement novateur.
Heureusement, ici nous avons un vrai bon film, qui part d’un principe très simple mais qui s’avère très vite fouillé : si une race extra terrestre arrivait sur Terre, comment ferions-nous pour communiquer avec eux ? Et derrière ce concept se cache toute une réflexion sur le langage et la façon dont nous nous comprenons. Un exemple du film représente bien toute la subtilité du langage et de la communication que nous utilisons tous les jours : les humains veulent pouvoir poser la question « quel est votre but sur Terre ? » aux heptapodes. Cette simple question demande beaucoup de nuances : d’abord il faut s’assurer que les heptapodes comprennent le sens d’une question, et donc il faut trouver comment ils posent une question ; il faut s’assurer que leur espèce est suffisamment consciente pour qu’ils comprennent le sens du « but », donc que ce ne soit pas des êtres mués uniquement par l'instinct ; il faut s’assurer qu’ils aient suffisamment d’individualité pour saisir la différence entre le « vous » collectif et le « vous » personnel.
A tout cela s’ajoute la possibilité que leur langage soit à ce point différent du notre qu’ils ne saisissent pas le monde de la même façon que nous. Et cela s’applique indirectement dans notre façon de discuter avec les gens, de converser, d’échanger. Un autre exemple tiré du film permet de mettre en valeur ce potentiel fossé dans les modes de communication : là où les USA ont utilisé la langue écrite, les signes, les lettres pour communiquer avec les heptapodes, la Chine a utilisé le jeu du Mah Jong. Ce qui signifie que toute communication avec les extra-terrestres se fera dans le cadre d’une partie de jeu, désignant forcément un gagnant et un perdant à la fin. La communication ne peut être que compétitive, dans la confrontation. Et BAM! C'est comme ça qu'on prend conscience du barrage que peut représenter une langue par rapport à une autre, tout comme certaines tournures de phrases peuvent en dire long sur celui qui les utilise.
"Mais non putain, ma main est plus loin sur la gauche!"
Vous l’aurez compris, ce film appartient à la catégorie des films qui tentent de nous faire remettre en question notre vie, notre existence en la confrontant à un scénario fictif et impossible. Et par bonheur, le concept est très bien exploité puisqu’il n’hésite pas à faire intervenir des événements extérieurs et à nous faire sortir du microcosme de la base militaire. On nous rappelle régulièrement que les heptapodes sont plusieurs, dans 12 lieux différents, que les forces de 12 pays progressent chacun de leur côté, partageant ou non les informations. On nous rappelle aussi qu’au-delà de la base militaire et du spectateur qui sait de quoi il retourne, il y a une population effrayée qui ne sait pas à quoi s’attendre et qui croit que son monde peut disparaitre du jour au lendemain, sans prévenir. Mais le film reste subtil en nous faisant comprendre que ces réactions épidermiques sont finalement les seules réactions possibles chez des civils effrayés. Une réaction qui est montrée comme normale, et non comme idiote. J’ajouterai aussi que cette subtilité s’étend au fameux retournement de situation, qui est en vérité suggéré, distillé depuis les premiers moments.
Je vais faire une mention spéciale pour la mise en scène qui m’a vraiment marquée. Tout est très recherché, dans les plans larges qui mettent en avant l’immensité du vaisseau aux plans rapprochés pour suggérer la claustrophobie de son intérieur. La direction artistique est très symbolique avec des heptapodes baignés de lumière blanche tandis que les humains restent dans l’ombre. Sans cesse la musique et les plans de caméras jouent avec nos sensations, et des petits éléments viennent détourner notre attention pour que le film nous surprenne. C’est un très beau moment de cinéma. Par contre, je mettrai un très gros bémol à l’écriture des personnages, qui passe vraiment à la trappe. On ne sait somme toute pas grand-chose d’eux, on en parle très peu, et ils sont globalement assez clichés : la chercheuse en linguistique solitaire mais effrontée, le scientifique un peu rigolo et attachant mais qui comprend surtout les math, l’agent de la CIA qui voit tout le monde comme un ennemi et est perpétuellement en guerre dans sa tête… Seul le personnage de Forest Whitaker semble être plus nuancé car il se dispense d’être un militaire bourrin pour rester plus compréhensif, cherchant avant tout à comprendre ce qu’on lui propose plutôt que de tout rejeter en bloc.
Bref, les défauts du film sont somme toute mineurs, et de toute façon, dévoré par la curiosité de percer enfin le mystère des heptapodes, il est très facile de les oublier. Un film à aller voir rapidement car, même s’il prend un peu le spectateur pour un con en se permettant allégrement d’utiliser les codes du cinéma pour nous induire en erreur, il reste intelligent et magnifiquement bien construit. J’aimerais bien vous en dire plus, mais je suis obligé de m’arrêter sinon je vais tout vous spoiler. Retenez l'essentiel: ce film est excellent, et profitez des vacances de Noël pour aller le voir!

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