Une bonne
et heureuse année à tous ! Que 2017 regorge pour vous de rebondissements
scénaristiques, de plans de caméras soignés, d’effets spéciaux ébouriffants et
de jeux d’acteurs à couper le souffle. Bref, que 2017 soit plus proche pour
vous d’un Interstellar que d’un Elle !
Et je me
rends compte que je vous ai souhaité de finir bloqué dans une faille temporelle
faisant mourir presque tous vos proches plutôt que d’être violé, aussi allons
nous directement passer à la suite avant que je ne m’enfonce plus avant dans
les gaffes rocambolesques. De quoi allons-nous parler aujourd’hui ?
Probablement un peu de cinéma, peut-être un chouïa de morale, mais surtout
beaucoup d’objectivité.
| Surtout ne pas regarder en bas... |
Car mes
très chers lecteurs, nous allons parler du film Assassin’s Creed,
réalisé par Justin Kurzel – un homme que je déteste pour avoir massacré le chef
d’œuvre de Shakespeare qu’est Macbeth dans un horrible film avec les deux
acteurs qui vont suivre –, Michael Fassbender – un homme que j’aime bien pour
Magnéto, mais beaucoup moins pour Macbeth justement –, et enfin notre Marion
Cotillard nationale – une actrice qui m’insupporte dès qu’elle ouvre la
bouche. Vous le sentez que ça va être
laborieux ou pas ?
De quoi que ça parle-t-il donc ?
Le film
s’ouvre sur l’intronisation de l’assassin Aguilar, qui se coupe un doigt pour
montrer qu’il est dévoué à la cause, le Crédo, comme ils disent si bien. On
nous file au passage un petit aperçu de l’opposition entre assassins et
templiers : les premiers veulent assurer la liberté et le libre arbitre de
la race humaine, quitte à causer des bains de sang pour y arriver ; les
seconds veulent la paix à tout prix, et si ma foi pour cela il faut que toute
l’humanité passe sous leur contrôle éclairé, c’est fâcheux, mais c’est comme
ça ! En gros, d’un côté des libéraux un peu brutaux, de l’autre des
dictateurs en puissance, mais pour le bien de tous, évidemment.
Pour ceux
qui connaissent la série de jeux vidéo, vous savez que cette lutte entre les
deux idéologies dure depuis des siècles, et elle n’est pas près de finir. En
effet, nous retrouvons très vite le jeune Calum Lynch, d’une dizaine d’année
environ, qui se retrouve face à son père qui vient de tuer sa mère, et qui lui
conseille de courir, car des mecs en voiture viennent le chercher. Je pense
qu’arrivés à ce stade là vous avez compris qu’il s’agit de templiers. Et au cas
où, on vous met quand même une petite croix qui pend à un rétroviseur pour pas
que vous ayez de doutes. Il est sympa ce Justin Kurzel quand même !
Mais tout
cela n’a servi à rien, car Calum se fait finalement emprisonner et exécuté pour
meurtre plusieurs dizaines d’années plus tard – 20 ? 30 ? Franchement
je sais plus et on s’en fout. Arrivé à ce stade on ne sait pas grand-chose de
lui, hormis qu’il dessine des choses assez étranges, signes évidents d’une
parfaite santé mentale. Mais bon, au pire, ces dessins n’auront plus aucune
incidence sur le film, donc ça aussi, on s’en fout, on passe à la suite.
Car oui,
Calum n’est pas mort – en même temps, après à peine quinze minutes de film, ce
serait rudement fâcheux – et se réveille dans les bâtiments de la société
Abstergo, à Madrid. Une société qui
roule de façon totalement assumée pour les templiers et qui cherche la
localisation de la Pomme d’Eden, une relique censée contenir le code génétique
du libre arbitre. En gros, c’est un peu flou mais l’idée est que si les
templiers ont cette pomme, ils pourront supprimer le libre arbitre. « Mais
comment ? » me demanderez-vous avec, ma foi, beaucoup de jugeote,
quoiqu’un peu d’agressivité.
| Chérie, c'est pas ce que tu crois! |
Bah j’en
sais rien. J’ai pas compris. Par contre ce que j’ai compris c’est qu’ils font
ça pour supprimer la violence, et ça c’est quand même un peu cool. Sauf que
pour faire cela, ils ont besoin de Calum. En effet, pour trouver la Pomme
sus-nomée, ils utilisent une machine, l’Animus, qui permet de voyager dans la
mémoire des ancêtres de chacun. Et il s’avère que l’ancêtre de Calum, Aguilar –
le gars du début du film – est le dernier à avoir eu le fruit en main. Donc,
devinez qui c’est qui va devoir coopérer gentiment ?
Bref, je
m’arrête là pour le synopsis du film, on n’est pas non plus sur le scénario du
siècle. Si vous avez joué à un Assassin’s Creed, je pense que vous allez vite
deviner ce qu’il va se passer.
Mais alors, quoiqu’il faut retenir
de ce flim ?
Bon,
alors, une première chose concernant l’histoire : certes, on est très loin
d’un scénario plein de rebondissements, et le personnage de Calum est quelque
peu cliché. Retenez qu’il est résolument et obstinément opposé à ce que les
assassins l’emportent, sauf à la fin, par un revirement de situation assez
brusque, mais un poil téléphoné.
Concernant
le rapport avec le jeu, en revanche, j’avoue ne pas avoir été déçu. La
réalisation est impeccable, on retrouve les codes principaux de la franchise
avec l’opposition entre les deux camps millénaires, le respect du Crédo des
assassins et celui des templiers, mais aussi l’esthétique générale, qui fait
vraiment plaisir à voir. Les scènes d’actions sont vraiment impressionnantes,
et les courses poursuites endiablées et toujours surprenantes. Les combats sont
soigneusement chorégraphiés, les acteurs jouent plutôt justes, sans en faire
trop. Bref, on a tout de même un beau spectacle.
Là
où le bât blesse, c’est dans le reste. Je trouve l’intrigue pauvre et
franchement attendue, sauf pour certains rebondissements qui ressemblent plus à
des facilités de scénarios qu’à de véritables nœuds logiques. Genre il fallait
qu’il se passe un truc, alors il se passe, et puis c’est tout. T’as pas
vraiment plus d’explications que ça. Les personnages sont d’ailleurs assez
caricaturaux, et tous franchement obsessionnels. Bref, ils manquent cruellement
de personnalité, à part peut-être Calum, dont la rage refoulée a tendance à
devenir un peu attachante. Ce n’est pas le cas du reste.
| J'adore dessiner sur les tabourets au lieu des tables. |
Bon,
vous l’aurez compris, c’est clairement pas le film de l’année et l’histoire est
bourrée de faiblesse à côté desquelles on ne peut juste pas passer. Par
exemple : pourquoi est-ce qu’aucun garde du centre Abstergo ne possède
d’armes à feu ? Pourquoi est-ce qu’un saut de la foi casse l’Animus ?
Pourquoi est-ce que d’un coup, alors
qu’il a été déconnecté de l’Animus, Calum se met à voir plein d’ancêtres à lui
– voire pas du tout des ancêtres d’ailleurs, parce que j’ai cru reconnaître
Ezzio Auditore dans le tas? Autant de questions qui resteront sans réponses.
Je
note tout de même un point intéressant : je n’ai pas eu l’impression que
les templiers ou les assassins soient
vraiment montrés comme des gentils ou des méchants. En fait, pour une fois,
j’ai trouvé une certaine neutralité dans le propos. Si on y regarde de plus
près, les deux camps sont quand même peuplés d’enfoirés prêts à tout pour faire
prévaloir leur vision. Et le film ne prend parti pour aucun : il
n’essaiera pas de nous dire que notre salut repose sur l’abandon de notre libre
arbitre. Mais d’un autre coté, quand on voit ce que les assassins sont prêts à
faire pour lui, je ne suis pas sur qu’il soit si bien que ça, ce fameux libre
arbitre. Bref, je le trouve assez neutre et plutôt dénué de manichéisme, même
si l’antipathie de certains templiers pourrait suggérer le contraire.
Nonobstant, j’ai tout de même plus eu l’impression d’assister à une lutte
idéologique plutôt qu’à une lutte entre le bien et le mal, et c’est plutôt
cool.
En
revanche, ce film m’a fait me questionner sur moi-même. En effet, je vous le
répète depuis le début, on n’est pas devant un chef d’œuvre. Dans la catégorie
des films récents, Premier contact, Star Wars : Rogue One ou
même Vaiana sont nettement
meilleurs. Pourtant, entre ces quatre films, j’ai clairement plus, mais alors
de loin, pris mon pied sur Assassin’s Creed. Et crénom, je me demande
bien pourquoi ! Donc je me suis mis à questionner mon objectivité et j’ai
cherché à savoir pourquoi nous avons tous des petits plaisirs coupables comme
celui-ci.
Littéralement,
l’objectivité c’est la qualité de ce qui est conforme à la
réalité, d'un jugement qui décrit les faits avec exactitude. Vous notez, des
« faits », avec « exactitude ». Mais on note aussi l’idée
d’un « jugement ». Or, le jugement, cela peut se rapprocher à un
référentiel fixe, comme dans le cadre d’une loi, mais cela peut aussi se
rapprocher d’un référentiel plus fluctuant comme lors de la constitution d’une
opinion sur quelqu’un ou sur un sujet. Bref, il peut y avoir une certaine part
de subjectivité dans le jugement. Et comme il y a une certaine part de jugement
dans l’objectivité, il peut donc y avoir une certaine part de subjectivité dans
l’objectivité. MINDFUCKED.
Du coup, il faudrait qu’on juge
un film en partant d’un référentiel fixe : images, scénario, jeu d’acteur,
etc… C’est globalement ce à quoi je m’emploie dans ces chroniques. Il faut
cependant que je me rende à l’évidence : cette méthode n’est en aucun cas suffisante,
car en dépit de tous les éléments concrets que nous pouvons trouver pour
justifier nos goûts, il nous restera toujours quelques plaisirs coupables. Par
exemple, une de mes plus proches amies est férue de littérature, d’arts, lit
énormément, est féministe, et de manière générale, prône la culture et la
connaissance. Pourtant, elle regarde avec avidité les émissions de télépoubelle
type « Tellement vrai ». Et si encore c’était la seule, mais nous
avons tous des petits plaisirs honteux qui nous procurent une joie sans nom et
sans logique. Bien que toutes les raisons soient réunies pour que nous
détestions ces mêmes plaisirs coupables. Mais alors, pourquoi diable ai-je aimé
ce film si je reconnais qu’il a beaucoup de défauts ? Et de façon
générale, pourquoi donc aimons-nous certaines choses qui sont clairement de
mauvaise qualité ?
| T'inquiète pas, ça va juste faire un peu mal au début |
Ou alors peut-être que ce petit
bosquet est un petit oasis de fraicheur et de douceur. Peut-être que c’est
simplement un petit plaisir innocent arraché à la longue route qu’est notre
existence. Après tout, ces mûres font vibrer notre corde sensible. Elles nous
rappellent ces randonnées entre amis, ou les tartes de notre grand-mère que
nous dégustions étant plus jeunes. Ces fruits, d’apparence si anodine, ne
sont-elles pas le repos bien mérité du guerrier ? Alors on s’abandonne
l’espace d’un instant, on en prend plein les papilles ou plein les mirettes, et
on se laisse bercer par leur force évocatrice, qui ne parle qu’à nous.
Moi par exemple, les jeux
Assassin’s Creed m’ont toujours procuré un grand sentiment de liberté et d’importance :
une vaste région à explorer, des faits historiques qui se déroulent sous nos
yeux et auxquels nous participons, des histoires qui se mêlent et se démêlent,
des destinées parfois tragiques, mais toujours ce sentiment de liberté
d’action. Et je n’ai certes pas retrouvé cela dans le film, puisque le héros
lui-même est enfermé dans l’Animus, comme nous dans notre salle de cinéma, à le
regarder sauter, glisser, courir, se battre. Mais l’évocation est là, le
sentiment est présent. Je vois la silhouette encapuchonnée d’Aguilar, et je me
rappelle le temps et le plaisir ressenti à jouer. Tout comme je me souviens des
rires avec mes amis devant le Palmashow, tout comme je me souviens de mon
enfance devant un Marvel.
Et c’est pour ça que nous aimons
tant ces petits moments de bonheur coupable : nous abandonnons l’espace de
quelques instants nos responsabilités, on lâche tout, on se déconnecte pour s’offrir
une bouffée d’oxygène dont nous avons cruellement besoin. Et cette bouffée d’oxygène,
toute métaphorique qu’elle soit, va nous permettre d’alimenter nos muscles pour
reprendre la route, chargés à bloc par cette petite pause qui nous a rappelé de
bons souvenirs.
Et finalement, ces petits
moments d’insouciances, de souvenirs précieux et agréables, n’est-ce pas aussi
ce que nous demandons à un film ?
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire