samedi 7 janvier 2017

Assassin's Creed



Une bonne et heureuse année à tous ! Que 2017 regorge pour vous de rebondissements scénaristiques, de plans de caméras soignés, d’effets spéciaux ébouriffants et de jeux d’acteurs à couper le souffle. Bref, que 2017 soit plus proche pour vous d’un Interstellar que d’un Elle !
Et je me rends compte que je vous ai souhaité de finir bloqué dans une faille temporelle faisant mourir presque tous vos proches plutôt que d’être violé, aussi allons nous directement passer à la suite avant que je ne m’enfonce plus avant dans les gaffes rocambolesques. De quoi allons-nous parler aujourd’hui ? Probablement un peu de cinéma, peut-être un chouïa de morale, mais surtout beaucoup d’objectivité.
Surtout ne pas regarder en bas...
Car mes très chers lecteurs, nous allons parler du film Assassin’s Creed, réalisé par Justin Kurzel – un homme que je déteste pour avoir massacré le chef d’œuvre de Shakespeare qu’est Macbeth dans un horrible film avec les deux acteurs qui vont suivre –, Michael Fassbender – un homme que j’aime bien pour Magnéto, mais beaucoup moins pour Macbeth justement –, et enfin notre Marion Cotillard nationale – une actrice qui m’insupporte dès qu’elle ouvre la bouche.  Vous le sentez que ça va être laborieux ou pas ?

De quoi que ça parle-t-il donc ?
Le film s’ouvre sur l’intronisation de l’assassin Aguilar, qui se coupe un doigt pour montrer qu’il est dévoué à la cause, le Crédo, comme ils disent si bien. On nous file au passage un petit aperçu de l’opposition entre assassins et templiers : les premiers veulent assurer la liberté et le libre arbitre de la race humaine, quitte à causer des bains de sang pour y arriver ; les seconds veulent la paix à tout prix, et si ma foi pour cela il faut que toute l’humanité passe sous leur contrôle éclairé, c’est fâcheux, mais c’est comme ça ! En gros, d’un côté des libéraux un peu brutaux, de l’autre des dictateurs en puissance, mais pour le bien de tous, évidemment.
Pour ceux qui connaissent la série de jeux vidéo, vous savez que cette lutte entre les deux idéologies dure depuis des siècles, et elle n’est pas près de finir. En effet, nous retrouvons très vite le jeune Calum Lynch, d’une dizaine d’année environ, qui se retrouve face à son père qui vient de tuer sa mère, et qui lui conseille de courir, car des mecs en voiture viennent le chercher. Je pense qu’arrivés à ce stade là vous avez compris qu’il s’agit de templiers. Et au cas où, on vous met quand même une petite croix qui pend à un rétroviseur pour pas que vous ayez de doutes. Il est sympa ce Justin Kurzel quand même !
Mais tout cela n’a servi à rien, car Calum se fait finalement emprisonner et exécuté pour meurtre plusieurs dizaines d’années plus tard – 20 ? 30 ? Franchement je sais plus et on s’en fout. Arrivé à ce stade on ne sait pas grand-chose de lui, hormis qu’il dessine des choses assez étranges, signes évidents d’une parfaite santé mentale. Mais bon, au pire, ces dessins n’auront plus aucune incidence sur le film, donc ça aussi, on s’en fout, on passe à la suite.
Car oui, Calum n’est pas mort – en même temps, après à peine quinze minutes de film, ce serait rudement fâcheux – et se réveille dans les bâtiments de la société Abstergo, à Madrid.  Une société qui roule de façon totalement assumée pour les templiers et qui cherche la localisation de la Pomme d’Eden, une relique censée contenir le code génétique du libre arbitre. En gros, c’est un peu flou mais l’idée est que si les templiers ont cette pomme, ils pourront supprimer le libre arbitre. « Mais comment ? » me demanderez-vous avec, ma foi, beaucoup de jugeote, quoiqu’un peu d’agressivité.
Chérie, c'est pas ce que tu crois!
Bah j’en sais rien. J’ai pas compris. Par contre ce que j’ai compris c’est qu’ils font ça pour supprimer la violence, et ça c’est quand même un peu cool. Sauf que pour faire cela, ils ont besoin de Calum. En effet, pour trouver la Pomme sus-nomée, ils utilisent une machine, l’Animus, qui permet de voyager dans la mémoire des ancêtres de chacun. Et il s’avère que l’ancêtre de Calum, Aguilar – le gars du début du film – est le dernier à avoir eu le fruit en main. Donc, devinez qui c’est qui va devoir coopérer gentiment ?
Bref, je m’arrête là pour le synopsis du film, on n’est pas non plus sur le scénario du siècle. Si vous avez joué à un Assassin’s Creed, je pense que vous allez vite deviner ce qu’il va se passer.
Mais alors, quoiqu’il faut retenir de ce flim ?
                Bon, alors, une première chose concernant l’histoire : certes, on est très loin d’un scénario plein de rebondissements, et le personnage de Calum est quelque peu cliché. Retenez qu’il est résolument et obstinément opposé à ce que les assassins l’emportent, sauf à la fin, par un revirement de situation assez brusque, mais un poil téléphoné.
                Concernant le rapport avec le jeu, en revanche, j’avoue ne pas avoir été déçu. La réalisation est impeccable, on retrouve les codes principaux de la franchise avec l’opposition entre les deux camps millénaires, le respect du Crédo des assassins et celui des templiers, mais aussi l’esthétique générale, qui fait vraiment plaisir à voir. Les scènes d’actions sont vraiment impressionnantes, et les courses poursuites endiablées et toujours surprenantes. Les combats sont soigneusement chorégraphiés, les acteurs jouent plutôt justes, sans en faire trop. Bref, on a tout de même un beau spectacle.
                Là où le bât blesse, c’est dans le reste. Je trouve l’intrigue pauvre et franchement attendue, sauf pour certains rebondissements qui ressemblent plus à des facilités de scénarios qu’à de véritables nœuds logiques. Genre il fallait qu’il se passe un truc, alors il se passe, et puis c’est tout. T’as pas vraiment plus d’explications que ça. Les personnages sont d’ailleurs assez caricaturaux, et tous franchement obsessionnels. Bref, ils manquent cruellement de personnalité, à part peut-être Calum, dont la rage refoulée a tendance à devenir un peu attachante. Ce n’est pas le cas du reste.
J'adore dessiner sur les tabourets au lieu des tables.
                Gros changement ici par rapport aux jeux : tous les jeux contiennent une partie dans le monde moderne, où on suit un personnage qui va aller et venir dans l’animus – personnage qui change à chaque opus récent du jeu. Mais dans tous les cas, ce personnage est plus un prétexte pour nous faire incarner un assassin dans une époque précise. Bon, bah ici, clairement, Aguilar, on s’en branle. On sait à peine qui c’est, on ne sait presque rien de sa vie, et tout ce qu’on le voit faire, c’est se bastonner. Les parties en Espagne, c’est du détail, c’est pour le spectacle.
                Bon, vous l’aurez compris, c’est clairement pas le film de l’année et l’histoire est bourrée de faiblesse à côté desquelles on ne peut juste pas passer. Par exemple : pourquoi est-ce qu’aucun garde du centre Abstergo ne possède d’armes à feu ? Pourquoi est-ce qu’un saut de la foi casse l’Animus ?  Pourquoi est-ce que d’un coup, alors qu’il a été déconnecté de l’Animus, Calum se met à voir plein d’ancêtres à lui – voire pas du tout des ancêtres d’ailleurs, parce que j’ai cru reconnaître Ezzio Auditore dans le tas? Autant de questions qui resteront sans réponses.
                Je note tout de même un point intéressant : je n’ai pas eu l’impression que les templiers ou les assassins  soient vraiment montrés comme des gentils ou des méchants. En fait, pour une fois, j’ai trouvé une certaine neutralité dans le propos. Si on y regarde de plus près, les deux camps sont quand même peuplés d’enfoirés prêts à tout pour faire prévaloir leur vision. Et le film ne prend parti pour aucun : il n’essaiera pas de nous dire que notre salut repose sur l’abandon de notre libre arbitre. Mais d’un autre coté, quand on voit ce que les assassins sont prêts à faire pour lui, je ne suis pas sur qu’il soit si bien que ça, ce fameux libre arbitre. Bref, je le trouve assez neutre et plutôt dénué de manichéisme, même si l’antipathie de certains templiers pourrait suggérer le contraire. Nonobstant, j’ai tout de même plus eu l’impression d’assister à une lutte idéologique plutôt qu’à une lutte entre le bien et le mal, et c’est plutôt cool.
                En revanche, ce film m’a fait me questionner sur moi-même. En effet, je vous le répète depuis le début, on n’est pas devant un chef d’œuvre. Dans la catégorie des films récents, Premier contact, Star Wars : Rogue One ou même Vaiana  sont nettement meilleurs. Pourtant, entre ces quatre films, j’ai clairement plus, mais alors de loin, pris mon pied sur Assassin’s Creed. Et crénom, je me demande bien pourquoi ! Donc je me suis mis à questionner mon objectivité et j’ai cherché à savoir pourquoi nous avons tous des petits plaisirs coupables comme celui-ci.
                Littéralement, l’objectivité c’est la qualité de ce qui est conforme à la réalité, d'un jugement qui décrit les faits avec exactitude. Vous notez, des « faits », avec « exactitude ». Mais on note aussi l’idée d’un « jugement ». Or, le jugement, cela peut se rapprocher à un référentiel fixe, comme dans le cadre d’une loi, mais cela peut aussi se rapprocher d’un référentiel plus fluctuant comme lors de la constitution d’une opinion sur quelqu’un ou sur un sujet. Bref, il peut y avoir une certaine part de subjectivité dans le jugement. Et comme il y a une certaine part de jugement dans l’objectivité, il peut donc y avoir une certaine part de subjectivité dans l’objectivité. MINDFUCKED.
                Du coup, il faudrait qu’on juge un film en partant d’un référentiel fixe : images, scénario, jeu d’acteur, etc… C’est globalement ce à quoi je m’emploie dans ces chroniques. Il faut cependant que je me rende à l’évidence : cette méthode n’est en aucun cas suffisante, car en dépit de tous les éléments concrets que nous pouvons trouver pour justifier nos goûts, il nous restera toujours quelques plaisirs coupables. Par exemple, une de mes plus proches amies est férue de littérature, d’arts, lit énormément, est féministe, et de manière générale, prône la culture et la connaissance. Pourtant, elle regarde avec avidité les émissions de télépoubelle type « Tellement vrai ». Et si encore c’était la seule, mais nous avons tous des petits plaisirs honteux qui nous procurent une joie sans nom et sans logique. Bien que toutes les raisons soient réunies pour que nous détestions ces mêmes plaisirs coupables. Mais alors, pourquoi diable ai-je aimé ce film si je reconnais qu’il a beaucoup de défauts ? Et de façon générale, pourquoi donc aimons-nous certaines choses qui sont clairement de mauvaise qualité ?
T'inquiète pas, ça va juste faire un peu mal au début
                Je ne suis pas certain de savoir répondre à cette question. Je me plais à imaginer que dans cette plaine parfois morne, parfois vallonnée qu’est notre vie, ces petits moments sont un peu comme un bosquet de myrtille sur notre route. Ouais, c’est vrai, peut-être qu’un renard atteint de la rage a pissé dessus, et du coup peut –être bien que ces quelques baies vont nous tuer. Peut-être que ces fruits, que nous trouvons si délicieuses, vont nous refiler des maux de ventre terribles. Peut-être que ce petit bosquet est mauvais pour nous, pour notre existence, pour notre réflexion.
                Ou alors peut-être que ce petit bosquet est un petit oasis de fraicheur et de douceur. Peut-être que c’est simplement un petit plaisir innocent arraché à la longue route qu’est notre existence. Après tout, ces mûres font vibrer notre corde sensible. Elles nous rappellent ces randonnées entre amis, ou les tartes de notre grand-mère que nous dégustions étant plus jeunes. Ces fruits, d’apparence si anodine, ne sont-elles pas le repos bien mérité du guerrier ? Alors on s’abandonne l’espace d’un instant, on en prend plein les papilles ou plein les mirettes, et on se laisse bercer par leur force évocatrice, qui ne parle qu’à nous.
                Moi par exemple, les jeux Assassin’s Creed m’ont toujours procuré un grand sentiment de liberté et d’importance : une vaste région à explorer, des faits historiques qui se déroulent sous nos yeux et auxquels nous participons, des histoires qui se mêlent et se démêlent, des destinées parfois tragiques, mais toujours ce sentiment de liberté d’action. Et je n’ai certes pas retrouvé cela dans le film, puisque le héros lui-même est enfermé dans l’Animus, comme nous dans notre salle de cinéma, à le regarder sauter, glisser, courir, se battre. Mais l’évocation est là, le sentiment est présent. Je vois la silhouette encapuchonnée d’Aguilar, et je me rappelle le temps et le plaisir ressenti à jouer. Tout comme je me souviens des rires avec mes amis devant le Palmashow, tout comme je me souviens de mon enfance devant un Marvel.
                Et c’est pour ça que nous aimons tant ces petits moments de bonheur coupable : nous abandonnons l’espace de quelques instants nos responsabilités, on lâche tout, on se déconnecte pour s’offrir une bouffée d’oxygène dont nous avons cruellement besoin. Et cette bouffée d’oxygène, toute métaphorique qu’elle soit, va nous permettre d’alimenter nos muscles pour reprendre la route, chargés à bloc par cette petite pause qui nous a rappelé de bons souvenirs.
                Et finalement, ces petits moments d’insouciances, de souvenirs précieux et agréables, n’est-ce pas aussi ce que nous demandons à un film ?

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