mardi 13 décembre 2016

Interlude Littéraire : La Mondialisation Malheureuse - Partie 3: Agriculture et xénophobie



 Bonsoir à tous!

Me voici de retour pour la suite de l'interlude littéraire, et qui sera l'avant dernière partie avant de revenir à du cinéma (j'en profite pour rejoindre les salles obscures que j'avais un peu délaissées, et j'ai vu des trucs sympa). 

Un interlude un peu plus court aujourd'hui et avec un peu moins d'idées que précédemment, mais toujours des petites choses intéressantes à savoir!

Mieux gérer l’agriculture
                Beaucoup de gens pensent que nous sommes actuellement en surpopulation, idée véhiculée par plusieurs média. Et je vais peut-être vous surprendre, mais en fait… non. Dans les années 2000, Jean Ziegler, rapporteur spécial auprès de l’ONU sur le droit à l’alimentation estimait que l’état de l’agriculture à l’époque permettait de nourrir 12 milliards d’individus sans difficultés. Tout vient d’une (très) mauvaise répartition des terres agricoles et de la nourriture. Par exemple, sur la planète, on dénombre 750 millions de personnes souffrant de la faim, alors que 1 milliard de personnes sont suralimentés, dont 600 millions d’obèses. Il y a autant d’enfant de 5 ans chaque année qui meurent de faim que de personnes qui meurent d’obésité (3 millions par an dans les deux cas).
                On peut identifier plusieurs raisons. La première est la surconsommation des pays du Nord : un tiers de la nourriture mondiale est jetée chaque année. La consommation de viande est aussi un lourd vecteur de faim dans le monde (étonnamment) : en effet, d’après la FAO (Food & Agriculture Organisation), deux tiers des terres agricoles sont utilisées pour l’élevage, et l’élevage consomme plus de nourriture qu’il n’en produit.
                La situation d’exploitées des pays du Sud est aussi responsable de la situation : certains pays par exemple sont tellement endettés que tout le produit de leur agriculture est utilisé pour rembourser cette dette. C’est le cas de plusieurs pays d’Afrique producteur de cacao ou de café, denrées vendues aux pays du Nord mais non nourrissantes.
                En dernier grand responsable, nous avons aussi les spéculations boursières et financières sur les matières premières, qui entraînent une fluctuation déraisonnable et imprévisible pour le producteur du prix de ces produits. De façon générale, d’après la FAO, le prix de toutes les denrées alimentaires a augmenté depuis 2002. L’augmentation a été variable, comme le sucre qui a vu son prix exploser en 2006, puis redescendre, pour augmenter encore jusqu’en 2010 (voir l’indice des prix du sucre de la FAO sur leur site).
                Comment résoudre ces problèmes ? Là aussi, ce sont surtout les états qui vont pouvoir agir, notamment en supprimant purement et simplement la dette des pays du Sud afin de leur permettre de produire pour nourrir leur pays avant de produire pour la consommation des pays du Nord. Interdire les spéculations boursières sur les matières premières, comme l’avait fait Roosevelt aux USA après le krach de 29. Et de notre point de vue individuel, diminuer notre surconsommation, acheter principalement local, diminuer la consommation de viande (sans devenir végétarien pour autant). Des choses simples mais qui peuvent avoir un impact à grande échelle.

La xénophobie : une conséquence logique de la mondialisation
                On arrive à la partie dans laquelle on explique pourquoi Marine Lepen est en vogue en ce moment ! Résumons un peu ce que nous avons vu : les pays du Sud sont endettés, et la situation est difficile. Certains pays sont en guerre, il n’y a pas ou peu d’aides sociales, et les salaires sont de plus en plus bas car les entreprises, dans leur recherche logique de profit, privilégient avant tout les pays dans lesquels le code du travail est le plus souple, et l’imposition sur les capitaux la plus basse. Ainsi, ils maximisent leurs profits, mais dans le même temps diminue énormément les recettes du pays dans lequel ils se sont installés. Pire encore, dans le même temps, leur agriculture ne permet pas de nourrir leur population car elle est en grande partie consacrée à l’exportation de produits de consommation vers les pays du Nord.
Si une partie de la population s’accommode de ces conditions de vie parfois difficile, il est évident que ce n’est pas forcément possible pour tout le monde (notamment quand ton pays est dans un état de guerre tel qu’il n’y a même plus d’hôpitaux en état de fonctionnement dans ta ville). D’autant que dans le même temps, ces pays sont presque tous arrivés à un stade démographique d’augmentation de la population. Population qui augmente, guerre, famine, toutes les conditions sont réunies pour provoquer un fort exode vers les pays du Nord, qui eux consomment trop et voient leur population vieillir et diminuer.
                D’un autre côté, nous avons des pays riches qui voient les plus riches s’enrichirent pendant que les plus pauvres se retrouvent sans emploi, les entreprises étant plus rentables en délocalisant qu’en faisant travailler les locaux. Cet état de fait se transmet à de plus en plus de population, car les crises économiques provoquent la nationalisation des services publics et la disparition des postes de fonctionnaires. De plus en plus de personnes se trouvent en concurrence avec la main d’œuvre bon marché d’autres pays et ils voient, évidemment, d’un mauvais œil l’arrivée directement dans leur pays de travailleurs tout aussi bons marchés.
                On résume le combat : d’un coté des habitants de pays du Sud de plus en plus pauvre car la mondialisation les confronte à une impasse socio économique, et de l’autres des habitants de pays du Nord de plus en plus au chômage et donc de plus en plus réticents à les accueillir.
                S’ensuit alors dans les pays du Nord une formidable diversion électorale : au lieu de voter pour des dirigeants alter système qui permettraient de diminuer ce flux migratoire en faisant disparaitre tout ou partie de l’impasse socio-économique des pays pauvres, les habitants votent contre le flux de migrants, tantôt vu comme des voleurs de travail, tantôt comme des parasites (big up à Marine Lepen). Seulement, contrairement à ce qu’on pourrait penser, la plupart des gouvernements d’extrême droite ne changent pas le système en place. Ce n’était pas le cas du régime d’apartheid en Afrique du Sud, des dictatures militaires sud-américaines, de l’Espagne Franquiste, du Portugal de Salazar, de l’Allemagne nazie ou des différents régimes autoritaires d’Europe Centrale. Ces régimes tarissent en effet les flux migratoires, mais ne combattent pas l’oligarchisme. Au contraire, ils tendent à s’allier avec ce 0.1% pour installer des Etats forts et d grands oligopoles privés locaux. Cela contribue à passer d’un oligarchisme mondial à un oligarchisme national.
                Les jeunes migrants des pays du Sud ne sont pas responsables des délocalisations, des compressions de salaire, de la précarisation massive et de l’aggravation des inégalités. Quand on est soit même pauvre ou précaire, s’en prendre aux immigrés, c’est se tromper de colère. Il y a un fléau bien plus important vers lequel tourner cette rage.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire