Bonjour à tous!
Je vous retrouve aujourd'hui pour parler à nouveau du contenu du livre La mondialisation malheureuse et des théories qu'il présente. Aujourd'hui nous n'allons parler que d'austérité, pour la deuxième partie. Il devrait y avoir encore deux autres parties pour traiter au moins en bref les sujets que j'ai trouvé les plus intéressants, puis nous reviendrons à des chroniques ciné plus classiques!
Idée reçue : lors d’une crise, l’austérité va nous sauver
Une
idée qui est très répandue de nos jours, véhiculée par un peu tout le monde et
notamment nos hommes politiques. La vérité est plus nuancée.
L’austérité,
c’est quoi ? Comment ça marche ?
Mettons
nous d’accord sur la définition de l’austérité et des mesures qui
l’accompagnent. L’austérité est une politique qui survient en général dans les
pays en crise économique, et qui consiste, pour relancer le pays, à diminuer
drastiquement les dépenses de l’état, tout en essayant d’augmenter ses recettes
(bien que la chose passe souvent très mal, j’en veux pour preuve le programme
de François Fillon qui, s’il veut diminuer le nombre de fonctionnaire et les
charges sociales de façon importante, prévoit aussi de supprimer l’ISF, se
privant du même coup d’une source de revenu, même mineure).
En
pratique cela se traduit par une privatisation des biens communs afin de leur
faire générer du profit, le dérèglement de l’action des grandes firmes
financières pour générer là encore du profit, et la coupe dans les dépenses
sociales. Le problème que cela pose, c’est que ces mesures ne sont pas toujours
prudentes quant on regarde la situation économique du pays : privatiser
les biens communs revient souvent à augmenter leur coût pour les classes
moyennes et pauvres, qui en ont le plus besoin ; déréglementer les actions
financières est dangereux dans la mesure où le tissu économique du pays n’est
plus assez solide pour supporter leurs stratégies agressives (c.f. les Krach
Boursiers de 1983, 1991, 2000 et 2007) ; diminuer les dépenses sociales
qui sont vitales pour les classes pauvres et précaires dans un contexte
d’effondrement économique semble être un bon moyen d’appauvrir encore ces
classes de populations.
Mais
en vrai, ça veut dire quoi ?
Prenons
un cas concret : la Grèce. Je pense que je n’apprendrais à aucun lecteur
que ce pays est en crise, mais jusqu’au cou. Pour relancer le pays, le FMI et
l’UE a préconisé pas mal de réformes depuis février 2010, en échange d’aides
financières de leur part. Treize ou quatorze, j’ai un peu perdu le compte, sous
forme de plans d’austérité. Beaucoup de choses là dedans : gel des
salaires, imposition croissantes sur les revenus, baisse drastique des charges
sociales, augmentation de l’âge de départ à la retraite, diminution du nombre
de fonctionnaires, baisse du salaire minimal, etc… Ces mesures ont permis à la Grèce de se
sortir de la crise et de reprendre une économie florissante.
Ah
non tiens. Si on regarde les chiffres de l’OCDE de 2008 à 2015, d’un point de
vue de la population, le chômage a triplé depuis 2008 (de 9.62 à 26.5%), on
atteint 73.5% des chômeurs qui sont des chômeurs de longue durée (contre 40.4%
en 2008), 28.3% des 15-29 ans sont ni scolarisés, ni diplômés, si en formation
et sans emploi (les Neet comme disent les anglais), et les dettes des ménages
sont passées de 87.8% à 115% des revenus disponibles nets. On pourrait avancer
que c’était un sacrifice nécessaire pour relancer le pays. Regardons alors les
chiffres du pays. Entre 2009 et 2015, le PIB a baissé de 12.7%, la dette
publique augmentée de 33.4%, les investissements dans les infrastructures ont
diminués de 39.3%, et les recettes sur l’impôt des sociétés a diminué de 47%,
preuve des difficultés qu’elles rencontrent. Autant dire que ces politique, au
lieu de relancer l’économie de la Grèce, l’a fait sombrer encore plus vite dans
le précariat et la crise.
Pour
l’anecdote, la même chose a été faite par le FMI dans les années 90 sur le
Venezuela, avec globalement le même effet. En gros, crise économique dans le
pays fin 80. Le président décide de suivre les conseils du FMI pour obtenir
leur aide financière et privatise les industries pétrolières, diminue les
programmes sociaux, supprime les contrôle de flux et d’afflux de capitaux
étrangers, fin du contrôle des prix des biens de première nécessité. Ça marche
bien au début, avec une bonne croissance des investissements étrangers. Mais
ces mesures plongent les habitants dans la pauvreté (on constate une brutale
augmentation de celle-ci), et donc de la criminalité et de la prostitution.
Cela fait chuter la consommation par la même occasion. Pourtant les reformes
continuent jusqu’à la faillite de la Banco Latino après qu’elle se soit
surexposée lors de ses opérations financières, et qui emporte avec elle une
grosse partie de l’économie du pays. S’ensuit une grosse crise de confiance des
investisseurs étrangers, qui retirent leur argent du pays, provoquant
l’effondrement économique total du pays.
D’accord,
mais quel autre choix avons-nous ?
Comment
combattre la crise économique si l’austérité ne fonctionne pas ? Et
bien réjouis-toi, ami lecteur, car il existe plusieurs possibilités.
A
l’échelle individuelle, cela peut passer par l’engagement dans une association
locale ou un ONG globale qui limitent les dégâts sociaux et humanitaires de ces
reformes, comme Klimika en Grèce, ou médecins sans frontières. Cela peut être
de s’engager dans les entreprises œuvrant dans des domaines à caractères
sociaux (plus d’infos auprès de l’ONG Ashoka). Pour un fonctionnaire, cela peut
simplement faire preuve de lenteur dans l’application des réformes d’austérité,
pour éviter la dégradation du système auprès des usagers. Ou diffuser les idées
alternatives dans les médias de masse (internet, télévision, journaux) pour
ceux qui y ont accès. Pour info, Dominique Strauss-Kahn avait publié une note
affirmant que le FMI et l’UE se fourvoyaient au sujet de la Grèce, en 2015.
Évidemment,
l’essentiel peut être fait d’un point de vue des états, ce qui dépend donc des
dirigeants que nous élirons prochainement. Voici plusieurs mesures
possibles :
-
La politique contracyclique préconisée par le
prix Nobel d’économie Gunnar Myrdal, et mis en place notamment par Franklin
Roosevelt en 1929. Il estime que diminuer les dépenses et augmenter les
recettes en période de crise est contre productif, et qu’il faut faire le
contraire : augmenter les dépenses en périodes de crises pour relancer
l’économie, puis augmenter les recettes lorsque l’économie va mieux. En somme,
faire des économies pendant les années de vaches grasses, et dépenser ses
réserves pendant les années de vaches maigres.
-
La relance dite keynésienne par la consommation,
une voie choisie par le Brésil dans les années 2000 après l’explosion de la
bulle internet, et dont j’ai déjà parlé dans ma chronique sur I, Daniel
Blake. Je le remets ici au cas où : l’idée est la suivante : on
commence par doper la consommation des ménages pauvres en leur donnant des
aides financières et matérielles importantes (au Brésil, ça correspond à Fome
Zero, et la Bolsa Familia). Dans le même temps, il a investit dans les travaux
publics pour faire bosser les entreprises brésiliennes, et a taxé tous les
produits non brésiliens pour que la consommation dopée des ménages profite avant
tout au Brésil et non aux multinationales étrangères. Le Brésil, grâce à cette
politique, a pu rembourser son emprunt au FMI avec deux ans d’avance.
-
La relance monétaire est une autre possibilité.
En gros, la bande d’Etat créé de la monnaie pour prêter massivement cet argent
aux grandes banques qui à leur tour prêtent aux ménages et aux entreprises.
C’est ce qu’a fait le Royaume Uni à partir de 2009, et cela a plutôt bien
fonctionné, puisque la croissance du pays est repartie en 2010. Une variante peut
être d’utiliser l’argent créé non pas pour le prêter aux banques, mais pour
investir dans de grands travaux de l’état pour redémarrer l’économie. La nuance
étant la certitude, dans le second cas, que l’argent est bien utile aux
populations, et d’éviter que les banques gardent tout l’argent prêté pour
elles.
-
Faire comme l’Islande : renationaliser
toutes les banques, abolir les dettes causées par la crise, et condamner en
justice tout ou partie des responsables du krach boursier de 2007.
Vous l’aurez compris, l’austérité
n’est pas la seule solution à la situation économique française, et il est
important de s’en rendre compte. Il subsiste sans doute une question : si
l’austérité ne fonctionne pas, pourquoi s’évertuer à la mettre en place ?
La réponse peut se trouver en se
posant la question : à qui elle profite ? Généralement aux très
grandes entreprises multinationales qui profitent de ces catastrophes
économiques pour gagner de l’argent. Lorsque le Venezuela est en crise et que
les habitants meurent de faim, il est très simple de délocaliser une usine là
bas et d’embaucher la population à un prix défiant toute concurrence tant il
est bas. On appelle cela le « capitalisme du désastre », un nom créé
par l’intellectuel
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