dimanche 11 décembre 2016

Interlude Litteraire - La Mondialisation Malheureuse, partie 2: L'austérité.

Bonjour à tous! 

Je vous retrouve aujourd'hui pour parler à nouveau du contenu du livre La mondialisation malheureuse et des théories qu'il présente. Aujourd'hui nous n'allons parler que d'austérité, pour la deuxième partie. Il devrait y avoir encore deux autres parties pour traiter au moins en bref les sujets que j'ai trouvé les plus intéressants, puis nous reviendrons à des chroniques ciné plus classiques! 

Idée reçue : lors d’une crise, l’austérité va nous sauver
                Une idée qui est très répandue de nos jours, véhiculée par un peu tout le monde et notamment nos hommes politiques. La vérité est plus nuancée. 

                L’austérité, c’est quoi ? Comment ça marche ?
                Mettons nous d’accord sur la définition de l’austérité et des mesures qui l’accompagnent. L’austérité est une politique qui survient en général dans les pays en crise économique, et qui consiste, pour relancer le pays, à diminuer drastiquement les dépenses de l’état, tout en essayant d’augmenter ses recettes (bien que la chose passe souvent très mal, j’en veux pour preuve le programme de François Fillon qui, s’il veut diminuer le nombre de fonctionnaire et les charges sociales de façon importante, prévoit aussi de supprimer l’ISF, se privant du même coup d’une source de revenu, même mineure).
                En pratique cela se traduit par une privatisation des biens communs afin de leur faire générer du profit, le dérèglement de l’action des grandes firmes financières pour générer là encore du profit, et la coupe dans les dépenses sociales. Le problème que cela pose, c’est que ces mesures ne sont pas toujours prudentes quant on regarde la situation économique du pays : privatiser les biens communs revient souvent à augmenter leur coût pour les classes moyennes et pauvres, qui en ont le plus besoin ; déréglementer les actions financières est dangereux dans la mesure où le tissu économique du pays n’est plus assez solide pour supporter leurs stratégies agressives (c.f. les Krach Boursiers de 1983, 1991, 2000 et 2007) ; diminuer les dépenses sociales qui sont vitales pour les classes pauvres et précaires dans un contexte d’effondrement économique semble être un bon moyen d’appauvrir encore ces classes de populations. 

                Mais en vrai, ça veut dire quoi ?
                Prenons un cas concret : la Grèce. Je pense que je n’apprendrais à aucun lecteur que ce pays est en crise, mais jusqu’au cou. Pour relancer le pays, le FMI et l’UE a préconisé pas mal de réformes depuis février 2010, en échange d’aides financières de leur part. Treize ou quatorze, j’ai un peu perdu le compte, sous forme de plans d’austérité. Beaucoup de choses là dedans : gel des salaires, imposition croissantes sur les revenus, baisse drastique des charges sociales, augmentation de l’âge de départ à la retraite, diminution du nombre de fonctionnaires, baisse du salaire minimal, etc…  Ces mesures ont permis à la Grèce de se sortir de la crise et de reprendre une économie florissante.
                Ah non tiens. Si on regarde les chiffres de l’OCDE de 2008 à 2015, d’un point de vue de la population, le chômage a triplé depuis 2008 (de 9.62 à 26.5%), on atteint 73.5% des chômeurs qui sont des chômeurs de longue durée (contre 40.4% en 2008), 28.3% des 15-29 ans sont ni scolarisés, ni diplômés, si en formation et sans emploi (les Neet comme disent les anglais), et les dettes des ménages sont passées de 87.8% à 115% des revenus disponibles nets. On pourrait avancer que c’était un sacrifice nécessaire pour relancer le pays. Regardons alors les chiffres du pays. Entre 2009 et 2015, le PIB a baissé de 12.7%, la dette publique augmentée de 33.4%, les investissements dans les infrastructures ont diminués de 39.3%, et les recettes sur l’impôt des sociétés a diminué de 47%, preuve des difficultés qu’elles rencontrent. Autant dire que ces politique, au lieu de relancer l’économie de la Grèce, l’a fait sombrer encore plus vite dans le précariat et la crise.
                Pour l’anecdote, la même chose a été faite par le FMI dans les années 90 sur le Venezuela, avec globalement le même effet. En gros, crise économique dans le pays fin 80. Le président décide de suivre les conseils du FMI pour obtenir leur aide financière et privatise les industries pétrolières, diminue les programmes sociaux, supprime les contrôle de flux et d’afflux de capitaux étrangers, fin du contrôle des prix des biens de première nécessité. Ça marche bien au début, avec une bonne croissance des investissements étrangers. Mais ces mesures plongent les habitants dans la pauvreté (on constate une brutale augmentation de celle-ci), et donc de la criminalité et de la prostitution. Cela fait chuter la consommation par la même occasion. Pourtant les reformes continuent jusqu’à la faillite de la Banco Latino après qu’elle se soit surexposée lors de ses opérations financières, et qui emporte avec elle une grosse partie de l’économie du pays. S’ensuit une grosse crise de confiance des investisseurs étrangers, qui retirent leur argent du pays, provoquant l’effondrement économique total du pays. 

                D’accord, mais quel autre choix avons-nous ?
                Comment combattre la crise économique si l’austérité ne fonctionne pas ? Et bien réjouis-toi, ami lecteur, car il existe plusieurs possibilités.
                A l’échelle individuelle, cela peut passer par l’engagement dans une association locale ou un ONG globale qui limitent les dégâts sociaux et humanitaires de ces reformes, comme Klimika en Grèce, ou médecins sans frontières. Cela peut être de s’engager dans les entreprises œuvrant dans des domaines à caractères sociaux (plus d’infos auprès de l’ONG Ashoka). Pour un fonctionnaire, cela peut simplement faire preuve de lenteur dans l’application des réformes d’austérité, pour éviter la dégradation du système auprès des usagers. Ou diffuser les idées alternatives dans les médias de masse (internet, télévision, journaux) pour ceux qui y ont accès. Pour info, Dominique Strauss-Kahn avait publié une note affirmant que le FMI et l’UE se fourvoyaient au sujet de la Grèce, en 2015.
                Évidemment, l’essentiel peut être fait d’un point de vue des états, ce qui dépend donc des dirigeants que nous élirons prochainement. Voici plusieurs mesures possibles :
-          La politique contracyclique préconisée par le prix Nobel d’économie Gunnar Myrdal, et mis en place notamment par Franklin Roosevelt en 1929. Il estime que diminuer les dépenses et augmenter les recettes en période de crise est contre productif, et qu’il faut faire le contraire : augmenter les dépenses en périodes de crises pour relancer l’économie, puis augmenter les recettes lorsque l’économie va mieux. En somme, faire des économies pendant les années de vaches grasses, et dépenser ses réserves pendant les années de vaches maigres.
-          La relance dite keynésienne par la consommation, une voie choisie par le Brésil dans les années 2000 après l’explosion de la bulle internet, et dont j’ai déjà parlé dans ma chronique sur I, Daniel Blake. Je le remets ici au cas où : l’idée est la suivante : on commence par doper la consommation des ménages pauvres en leur donnant des aides financières et matérielles importantes (au Brésil, ça correspond à Fome Zero, et la Bolsa Familia). Dans le même temps, il a investit dans les travaux publics pour faire bosser les entreprises brésiliennes, et a taxé tous les produits non brésiliens pour que la consommation dopée des ménages profite avant tout au Brésil et non aux multinationales étrangères. Le Brésil, grâce à cette politique, a pu rembourser son emprunt au FMI avec deux ans d’avance.
-          La relance monétaire est une autre possibilité. En gros, la bande d’Etat créé de la monnaie pour prêter massivement cet argent aux grandes banques qui à leur tour prêtent aux ménages et aux entreprises. C’est ce qu’a fait le Royaume Uni à partir de 2009, et cela a plutôt bien fonctionné, puisque la croissance du pays est repartie en 2010. Une variante peut être d’utiliser l’argent créé non pas pour le prêter aux banques, mais pour investir dans de grands travaux de l’état pour redémarrer l’économie. La nuance étant la certitude, dans le second cas, que l’argent est bien utile aux populations, et d’éviter que les banques gardent tout l’argent prêté pour elles.
-          Faire comme l’Islande : renationaliser toutes les banques, abolir les dettes causées par la crise, et condamner en justice tout ou partie des responsables du krach boursier de 2007.
Vous l’aurez compris, l’austérité n’est pas la seule solution à la situation économique française, et il est important de s’en rendre compte. Il subsiste sans doute une question : si l’austérité ne fonctionne pas, pourquoi s’évertuer à la mettre en place ?
La réponse peut se trouver en se posant la question : à qui elle profite ? Généralement aux très grandes entreprises multinationales qui profitent de ces catastrophes économiques pour gagner de l’argent. Lorsque le Venezuela est en crise et que les habitants meurent de faim, il est très simple de délocaliser une usine là bas et d’embaucher la population à un prix défiant toute concurrence tant il est bas. On appelle cela le « capitalisme du désastre », un nom créé par l’intellectuel

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire