mercredi 16 novembre 2016

Juste la fin du monde



                Un grand bonjour à tous ! Oui, un grand, parce que je suis comme ça moi, généreux avec les mots. Donc je vous envoie un grand « bonjour », un énorme « bienvenue », un fantastique « comment allez-vous ? » et surtout, un pantagruélique, pharaonique, démentiel « très bien et vous ? ».
                Bon, l’introduction était terminée, entrons dans le vif du sujet ! Aujourd’hui nous allons parler du film Juste la fin du monde de Xavier Dolan, qui se paye pour l’occasion un casting 4 étoiles composé de Vincent Cassel, de Léa Seydoux, de Marion Cotillard (qui, par bonheur, ne meurt pas dans le film, nous épargnant ainsi un sacré fou rire), Gaspard Ulliel et Nathalie Baye. Excusez du peu !

De quoi que ça parle-t-il donc ?
                Juste la fin du monde raconte l’histoire de Louis, un jeune écrivain homosexuel qui, après 12 ans d’absence, retourne dans sa famille, dans son petit village d’origine au fin fond de la campagne profonde, pour leur annoncer son décès prochain. Il se retrouve donc confronté à son grand frère Antoine et sa femme Catherine, à sa jeune sœur Suzanne, et à sa mère, Martine.
C'est qui?
                Et je m’arrêterai là concernant le déroulement du film, car ce n’est pas un film qui vaut le coup d’être raconté. En revanche il vaut le coup d’être vu (ce qui, maintenant que j’y pense, est probablement l’apanage de tout film qui tient la route). On va de querelles familiales en discussions profondes, en passant par le ressassement de vieux souvenirs issus d’un autre temps. Parfois Louis revit une partie de son enfance, de son adolescence. Bref, rien que je sois capable de raconter sans en ôter tout le sel et tout l’intérêt, et ce malgré mon incomparable style littéraire (oui, l’auto-flatterie et la modestie sont deux arts que je maitrise comme personne).
                A la place, et parce que j’ai quand même envie de vous parler de quelque chose (je ne serai pas là dans le cas contraire), je vais vous parler de mise en scène. Et peut-être un peu de poésie, mais je vous avoue être un peu bancal sur ce sujet. On va tenter quand même ceci dit.
 Le film est tourné de façon très intimiste, avec notamment beaucoup de plans resserrés, contenant uniquement le visage des personnages. Bon, moi ça m’a mit très mal à l’aise, un peu comme si quelqu’un venait me parler à trois centimètres de mon visage en me soufflant son haleine fétide à la figure (oui, dans mon imagination, les gens ont toujours l’haleine fétide). Heureusement, nous sommes dans une salle de cinéma classique, et nulle odeur nauséabonde issue des orifices buccaux des personnages, donc je survis. D’autant que ce cadrage est très adapté à l’histoire, qui cherche à nous donner un aperçu des pensées profondes de nos personnages par leurs mimiques, leurs actes manqués et les paroles qui leur échappent.
                Ce « détail » mis de côté, on se retrouve face à un film assez rythmé, empreint d’une certaine poésie et d’une beauté certaine dans ses plans et ses quelques moments de quiétudes, alors on s’abandonne, on oublie ses a priori en s’immergeant dans la musique rare mais toujours juste, on se laisse porter par les situations abracadabrantes et par la question qui nous obsède : Louis va-t-il réussir à dire à sa famille qu’il va mourir ?
                Petit aparté fétichisme : un peu comme pour les néons dans Nerve, ici c’est la cigarette qui a une présence à l’écran presque égale à celle des acteurs ! Limite j’aurais tendance à croire que la cigarette est utilisée comme moteur pour l’intrigue, puisque toutes les cigarettes sont des prétextes pour discuter : on s’isole pour fumer discrètement et échanger de grandes déclaration, on va acheter des clopes pour s’engueuler en voiture, on sort une cigarette pour s’empêcher de dire une vacherie. Bref, le cancer du poumon rapproche les gens plus que les bonnes bitures entre amis ! Et j’aime autant vous dire que cette idée choque profondément mon petit cœur de nordique alcoolique.

Mais alors, quoiqu’il faut retenir de ce flim ?
                Au-delà de cette surface familiale dysfonctionnelle mais pas tant que ça (je suis sur que beaucoup d’entre vous reconnaîtront tout ou partie des membres de leur famille chez les personnages), le film parle pour moi de deux choses très différentes. Je vais tâcher de m’expliquer du mieux que je peux, ce qui malheureusement ne vole pas bien haut.
                Le premier sujet abordé, selon moi (je vais d’ailleurs arrêter de le préciser parce que bon, c’est moi qui écrit, donc c’est forcément selon moi, ou alors j’ai des problèmes autrement plus importants), ce sont les prisons que nous maintenons tous autour de nous, les barrières que nous nous imposons nous même pour nous empêcher d’évoluer. Ces prisons sont multiples et parfois propres à chaque personnage. Prenons Suzanne, la jeune sœur. Elle a sa chambre dans le sous sol de la maison, a tendance à s’engueuler avec un peu tout le monde (certains dialogues ressemblant d’ailleurs à du Sarkozy au salon de l’agriculture), possède une voiture pour pouvoir aller voir ses copines facilement (mais aussi pour emmener sa mère un peu partout, cette dernière ne conduisant pas). Elle avoue elle-même vouloir partir, mais bon, elle a son confort. Alors elle reste chez elle, et elle se shoote pour passer le temps. C’est d’autant plus touchant que c’est probablement l’une des prisons les plus communes de nos sociétés : la peur du risque, la peur de l’inconnu. Suzanne est jeune, elle a toute la vie devant elle et pourrait facilement partir, tout laisser derrière elle et commencer une nouvelle vie. Comme a fait son frère finalement. Mais elle s’y refuse, préférant la facilité. Comme beaucoup d’entre nous.
You talkin' to me?
                Martine, la mère, est prisonnière de son passé. Elle passe beaucoup de temps à se remémorer les bons moments d’une époque à présent révolue. Elle reste lucide sur la situation de ses enfants, garde la réalité à l’esprit, mais préfère se réfugier quand elle peut dans ses visions d’antan. Elle se languit de l’époque où tout était simple, où toute la famille était réunie, heureuse, et cherche désespérément à retrouver ces moments, même s’il faut les forcer pour cela. Pourtant c’est probablement le personnage le plus libre et le plus lucide sur sa situation. Elle est par exemple la première à comprendre de quoi ont besoin Suzanne et Antoine de la part de Louis, bien qu’elle reste aveugle à ce dont elle-même a besoin. Mais de quoi a-t-elle besoin finalement ? N’a-t-elle pas tout ce qu’elle veut dans ses souvenirs déjà ?
                Antoine, le frère ainé, est probablement le plus à plaindre, puisqu’il cumule deux des pires prisons qui soient, mais malheureusement deux des plus communes. Pire encore, ces deux prisons sont directement imbriquées l’une dans l’autre. Commençons dans l’ordre. Le principal problème d’Antoine, c’est qu’il est totalement captif de l’image qu’il pense que les autres ont de lui. Il pense que son frère Louis n’est pas intéressé par sa vie. Il pense que sa mère ne le considère que comme un rabat joie. Il pense que sa sœur le déteste. Il pense que tout le monde imagine qu’il brime sa femme. Et lui, cherchant à donner tort à cette image qu’il estime fausse, en fait des caisses. Mais genre des vraies caisses. Le genre que quand tu vois un mec faire ça, tu le prends pour un psychopathe. Ce qui du coup sonne faux et empire encore l’image qu’il donne. Vous la sentez la galère ? Pire encore, si c’est possible, les rares points positifs que les gens perçoivent chez lui sont eux aussi faux. Par exemple, tout le monde pense qu’il sait écouter les gens. Bah non. En fait ça l’emmerde d’écouter les gens. Parce que lui, et là je cite, « s’il ne dit rien, c’est pour donner l’exemple et que les gens lui foutent la paix ».
                Et ainsi, il se retrouve dans sa deuxième cage : la frustration qu’il ressent en permanence. Il voudrait pouvoir se sortir de cette image. Il voudrait pouvoir se sortir de cette vie. Il voudrait pouvoir changer de travail, faire quelque chose de plus intéressant que travailler dans une petite usine. Faire quelque chose qui le rende fier de lui-même. Mais il n’y parvient pas. Alors sa frustration gonfle, gonfle et se transforme en colère. Et cette colère monte, bout, et finit par devenir de la violence, qui éclate alors sur la première personne qui le contrariera. Ce qui empire encore l’image qu’il a de lui-même qui lui colle à la peau et dont il n’arrive pas à se libérer. Et Antoine sombre dans cette spirale sans fin,  sans échappatoire possible.
                Et enfin, il reste Louis. L’auteur à succès qui a disparu pendant douze ans, donnant parfois signe de vie via une carte postale. De quoi pourrait-il être prisonnier ? Après tout, lui a réussi à quitter son village, sa maison, sa famille. Lui a « réussi sa vie ». Oui, mais lui il revient. Il revient car il est lui aussi prisonnier. De sa nostalgie un peu. Mais surtout de son devoir envers sa famille. Lui a su partir, se libérer ; il doit montrer la voie à son frère, à sa sœur. Il doit le faire, mais d’un autre côté il ne sait comment trouver les mots pour atteindre le cœur de ces personnes qu’il a quitté pendant toutes ses années. Il ne les connait plus et s’en rend compte au fur et à mesure, incapable de retrouver l’étincelle qui l’avait amené à revenir. Il est palpable que toute sa famille l’admire et veut l’impressionner, mais qu’en même temps ils lui en veulent d’être parti. Et lui, au milieu de tout ça, doit trouver le moyen de leur annoncer qu’il va passer l’arme à gauche. Alors il s’emmêle, ne sait pas quoi dire, donc ne dit rien, et les choses empirent encore un peu plus.

Grosse ambiance de repas de famille
                Maintenant je m’arrête un instant. Vous avez peut-être remarqué que jusqu’ici je n’ai pas analysé grand-chose et que je me suis contenté de constater les problèmes que pouvaient avoir les personnages. La raison en est-très simple : je suis intimement persuadé que chaque lecteur qui lira cela, et par extension n’importe quelle personne ayant vu ce film se reconnaîtra dans l’un de ses personnages. Parce que c’est là la force de ce film : sa force évocatrice est telle que ces personnages pourtant si peu attachants ressemblent à chacun de nous. Par exemple, moi je suis quelqu’un de très frustré. Car j’ai toujours voulu être danseuse étoile (et notez bien le féminin). Sauf que pas de bol, je suis  un homme (et entends le rester, le Brésil ne m’attire pas, merci), je suis plus taillé comme un vieux bucheron que comme un cygne gracieux, et que je me retrouve à écrire des chroniques à l’intérêt au mieux douteux sur un morceau obscur d’internet. Mais assez parlé de moi, je vous laisse faire votre introspection pour trouver votre prison personnelle !

                Rassurez-vous cependant, le film nous parle aussi de départ et de libération. La bonne nouvelle ! Bon par contre il n’indique pas comment procéder. Faut pas trop en demander non plus. Mais alors comment fait-il ? En fait c’est le film dans sa globalité qui constitue une sorte de libération. C’est un voyage, un départ vers le passé de Louis,  qui va passer par différentes péripéties, différents problèmes avec les membres de sa famille. Chaque discussion le fait s’empêtrer un peu plus loin dans sa cage. Alors au final, que décide-t-il de faire ? D’ouvrir la porte et de partir. Tout simplement. Et la simple phrase prononcée par le héros « je dois partir » cristallise ce moment où il se rend compte que pour se libérer de son poids, il doit partir. Tout laisser derrière lui. Et ce faisant, il donne l’exemple à sa famille : il ne peut pas les aider à se libérer. Il ne peut pas ouvrir la porte de leur cellule. Pour une raison simple : cette porte est déjà ouverte. Et cette porte est toujours ouverte, il suffit de la franchir. Mais la plupart des gens ne s’en rendent pas compte. Et c’est en cela que Louis est un guide, il montre la voie. Et pour affirmer cette thèse, je me base sur deux choses.
                La première est une métaphore enclenchée par l’arrivée d’un oiseau dans la maison. Cet oiseau cherche désespérément la sortie, sans y parvenir. Et parce qu’il n’y parvient pas, il meurt, allongé sur le tapis du salon, alors qu’en arrière plan, Louis sort de la bâtisse par la porte. Le contraste est fort : l’oiseau n’est pas parvenu à sortir et se tue en essayant. Louis y parvient, et repars vers la vie (enfin, ce qu’il lui en reste en tout cas).
                Le deuxième élément me fait me dire que finalement, il a peut-être réussi son rôle de guide, d’exemple. Il s’agit de la dernière chose que l’on voit de la famille de Louis. Cette dernière chose, c’est la main de Martine, la mère, qui fume une cigarette en discutant avec son fils. Ce qu’elle n’avait jusqu’alors jamais fait, car elle voulait sauver les apparences auprès d’Antoine. Et la voilà qui se libère déjà de cette prison là. Alors effectivement, c’’était peut-être pas ça sa priorité. Mais bon d’un autre côté, elle dit aussi à son fils que la prochaine fois qu’il viendra, ils seront plus préparés. Ce qui veut dire qu’elle a aussi arrêté de regarder le passé et qu’elle jette un œil dans l’avenir.  Du coup, la voilà qui la première passe la porte de ses cages. Tout ça sous l’impulsion de Louis, qui nous montre par la même occasion qu’en tant que guide spirituel, il n’a pas à rougir devant Jésus ou Krishna. Allez, acclamons Louis le libérateur !

                Bon je me recentre et je conclus sur ce film. Je vous avais dit en préambule que j’y étais allé avec réticence. La raison était que j’étais certain que le film allait être triste à mourir et que j’allais avoir envie de me pendre en me tirant une balle en me jetant dans le canal avec du ciment aux pieds avant la dernière demi heure. Et bien je me trompais, car ce film, une fois la coque un peu grisâtre et mélancolique enlevée, incarne l’espoir. L’espoir pour nous tous, pauvres mortels, qui sommes souvent prisonnier de nous même. L’espoir qui réside dans cette affirmation que cette prison possède une porte, et que cette porte est toujours ouverte. Il vous appartient de la franchir.  

mercredi 9 novembre 2016

Interlude Litttéraire: La France Sous Marine, par Djamil Azazna

Bonsoir à tous!

Je change un peu de sujet pour vous parler d'un livre cette fois-ci, et pas n'importe quel livre, puisqu'il s'agit d'un roman écrit par un de mes très proches et estimés amis. Je vous laisse découvrir le rapide synopsis:


"Un jeune universitaire d'origine maghrébine mène une vie paisible à Paris, loin des événements de l'Histoire.
Pourtant, l'inimaginable se produit: la candidate de la France Nouvelle Libre, un parti qualifié d'extrême droite, remporte les élections présidentielles de 2017.
Cet accident politique va conduire à des changements majeurs, modifiant le visage de la France de manière durable.
Ce roman est un témoignage désabusé sur une France nouvelle."

La couverture de l'ouvrage
Donc oui, c'est un roman d'anticipation politique où nous est raconté dans une France qui ressemble à la nôtre ce qu'il pourrait se produire si l'extrême droite arrivait au pouvoir en 2017 (et oui, dans le livre Trump a été élu et Marine Le Pen pourrait bien l'être...).

Et je n'aurais qu'un seul conseil: procurez-vous le, j'ai eu l'immense plaisir de le lire dans sa version inachevée, et je vais m'empresser d'obtenir la version finale! 
Donc foncez, c'est d'excellente facture, et particulièrement de circonstance! Vous pouvez vous le procurer en version papier sur le site de l'éditeur pour un petit 12€ (pour plus de 300 pages, c'est cadeau) ou en format électronique pour 1,99€. Y'a pas d'hésitations à avoir, la littérature est une valeur sure de nos jours!
En cadeau, l'adresse du site de l'éditeur, pour vous faciliter la vie! 

Elle



Bonjour à vous, infortunés lecteurs, et bienvenue, une fois de plus, dans cette humble chronique ! Aujourd’hui, je vais m’attaquer à un sujet d’actualité : le film Elle, de Paul Verhoven, avec en rôle principal Isabelle Hupert. Et je vous entends déjà préparer vos doigts pour écrire un commentaire assassin à mon sujet concernant le fait que le film en question est sorti fin mai 2016, et que nous sommes, à l’heure où j’écris cette chronique, en octobre. Ou d’ailleurs vous ne pourrez peut être pas commenter, car je n’ai encore aucune idée d’où vont atterrir ces chroniques, donc si ça tombe, il ne sera pas possible de réagir. En tout cas vous en avez gros derrière votre écran, et vous voulez le faire savoir. Comme je vous comprends !
Mémorisez cette expression faciale, elle reviendra souvent
                Bref, le film Elle est un sujet d’actualité car il a été sélectionné parmi les films en langues étrangères pour concourir aux Oscars. Parce que oui, Paul Verhoven, il n’est pas tout à fait franco-français. Il est même carrément Néerlandais, et c’est surtout le réalisateur de Robocop, Total Recall  ou encore Starship Troopers. Mais il décide tout de même de venir tourner son film en France, et en langue française. Le rapport avec le reste de ses films ? Bah y en a pas, et c’est bien ce qui m’a turlupiné quand j’ai vu l’affiche, et le synopsis. Mais je vous avoue qu’après le visionnage, j’avais tellement d’autres questions et interrogations que je n’ai pas eu le temps de m’attarder sur ce menu détail.

De quoi que ça parle-t-il donc ?
                Le film nous parle de Michèle, cheffe d’une entreprise de développement de jeu vidéo qui, un jour, se fait violer dans son salon par un type qui entre chez elle par effraction en pleine journée. N’importe qui aurait appelé la police après ça, mais pas Michèle, qui s’époussète un peu, remet sa jupe, et reprend tranquillou son repas. Tout au plus évoque-t-elle la chose à un diner avec des amis, en arguant que « c’est pas grave ». Limite elle aurait ajouté « j’suis pas une pédale de bobo gauchiste » derrière que ça ne m’aurait surpris qu’à moitié.
                On en profite pour découvrir une ribambelle de personnages secondaires, que je vais tous vous présenter d’un coup histoire qu’on en finisse : on a donc la meilleure pote de Michèle, qui bosse dans la même boîte qu’elle, et son mari, qui couche avec Michèle ; le fils de Michèle qui est un genre de loser dépeint comme un grand benêt naïf et allergique au travail ; la copine du fils qui est insupportable et qui manifestement se sert de sa grossesse pour garder le fils à maman riche dans son giron ; l’ex mari caricature de l’auteur raté ; le développeur de jeu vidéo fayot au possible qui fantasme très peu secrètement sur Michèle ; le développeur de jeu vidéo typé punk qui se rebelle contre l’autorité de Michèle ; la mère de Michèle qui se tape des petits minots tout en muscle de 25 ans ; et les voisins d’en face de Michèle, petit couple catho tradi à faire pâlir un Versaillais mais dont le mari semble avoir des vues sur Michèle.
                Vous l’avez compris, nous avons un film aussi égocentrique que son héroïne puisque tout tourne autour de Michèle (et j’en ai déjà marre d’écrire ce prénom). D’ailleurs vous noterez que c’est du coup le seul personnage dont j’ai retenu le nom. Donc Michèle s’est faite violée (champagne Michèle !), et ma foi, ça provoque chez elle un certain éveil sexuel. Elle commence presque à prendre du plaisir à se faire harceler par son violeur (car oui, il la harcèle en plus). Mais stupeur ! Un jour alors qu’il revient et qu’il recommence à la violer (mais c’est pas grave car elle n’attendait que ça), elle parvient à arracher sa cagoule, dévoilant son voisin d’en face qui avait des vues sur elle !
Saloperie de chat, toujours en train de me mater sous la douche
                Et je me permets un aparté : vous allez sans doute râler pour le spoil. Et là je vous dis « non ». Un « non » retentissant de protestation et de paillettes. Car je ne considère pas cette révélation comme un spoil, et la raison en est ultra simple : vu la façon dont sont présentés les personnages et l’univers, le violeur NE PEUT PAS être un autre que lui. C’est STRICTEMENT EVIDENT dès ses premières apparitions que c’est lui. Donc je balance la révélation, et pi c’est tout. Et je m’en balek en prime, comme disent les jeunes.
                Bref, une relation un peu SM s’instaure entre eux, puisque Michèle n’appelle toujours pas la police (pour sa défense, elle a déjà eu pas mal de problème avec les forces de l’ordre, notamment lorsque son père a été arrêté pour meurtres en série et elle, alors âgée d’une dizaine d’années, soupçonnée de l’avoir aidé) mais qu’en plus, se faire violer, ça a l’air de pas mal la titiller. Je vous laisse néanmoins le soin de découvrir la fin du film, qui est tout de même un tant soit peu inattendue.

Mais alors, quoiqu’il faut retenir de ce flim ?
                Avant toute chose je vais être franc : je n’ai pas du tout aimé ce film. Il m’a excédé sur plusieurs points, et je vous avoue avoir hésité, à un moment, à quitter la salle. Je ne l’ai cependant pas fait, car je suis un homme de principe, et j’ai eu raison puisque cela me permet de vous déballer mon opinion dans ces lignes, et donc d’égayer ma journée en crachant ma bile. Tout en me faisant une petite séance de psychothérapie de groupe totalement gratuite. Allons-y donc gaiement !
BEST.SCREENSHOT.EVER
                La première question que je me suis posée concerne la subversion du bouzin. Car je pense très sincèrement que ce film se veut subversif. D’ailleurs, pour éviter d’en perdre quelques uns et pour bien me faire comprendre, on va tenter de définir le mot « subversif ». D’après le Larousse, cela veut dire « qui est de nature à renverser l’ordre social et politique ». Appliqué au cinéma, on va partir du principe qu’un film subversif c’est un film qui cherche à renverser les codes sociaux et moraux classiques, vraisemblablement pour causer un certain malaise et provoquer une remise en question (enfin en tout cas c’est comme ça que je le vois). Pour bien illustrer le propos, je vais reprendre un exemple déjà donné par le très éminent Karim Debbache dans son émission Crossed (et Karim, si jamais un jour tu me lis, je suis ton plus grand fan, je voudrais des enfants de toi) : le film The Devil’s Rejects. Un film dont les personnages principaux sont des tueurs psychopathes nécrophiles qu’on finit par trouver attachant. Un peu comme si un film mettait en scène Hitler et essayait de nous faire ressentir de la compassion, presque du respect pour le monsieur. Ou encore si ce film essayait de nous faire comprendre que finalement, la Shoah, c’était pas si monstrueux. Je vous laisse imaginer le tableau.
                Et je trouve que Elle entre quand même plutôt dans cette catégorie de film, notamment dans la mesure où il est question d’une femme violée qui non seulement décide de ne pas chercher le coupable, mais qui en plus en redemande et finit par entamer une relation avec son violeur. Avouons que ce n’est pas banal et assez peu concevable dans le cadre d’une société disons lambda. Bref, renversement des codes moraux, ça créé un peu le malaise, jusque là le cahier des charges est respecté, on va pouvoir bosser.
                Mais en fait non.  Parce que pour que cette subversion soit réellement effective, il faut réunir plusieurs éléments (à une vache près hein, c’est pas une science exacte). Le premier, c’est un univers qui soit proche du notre, une diégèse qui garde les mêmes codes moraux que notre monde, notre société, pour bien mettre en valeur le renversement que l’on opère. Bon bah déjà, ici, c’est râpé. C’est loupé, keutchi, walou. Bah oui parce que Michèle s’est faite violée, et passé le début où les gens s’inquiètent un peu pour elle (mais pas tant que ça d’ailleurs je trouve), bah ils finissent rapidement par s’en foutre. Le reste est souvent tinté de scènes d’un clichés sans nom, comme lorsqu’elle insiste sur une scène de viol d’un des jeux sur lesquels elle travaille, pour que ce soit plus violent, parce que « la fille doit avoir l’air de prendre du plaisir pendant le viol, ça va plaire au joueur ». Sérieusement les mecs ? Y’a déjà une femme qui a dit ça un jour dans sa vie ? Bref, déjà après 20 minutes, j’y croyais plus à ce qu’on me racontait. Et ça s’aggrave par la suite : j’ai rarement vu des personnages secondaires aussi caricaturaux et débiles. D’ailleurs même Michèle est quand même une sacrée parodie de vieille bourge réac de droite, limite un personnage de sketch d’ailleurs. A tel point que toutes ses réactions vis-à-vis de situations quotidiennes sont prévisibles une fois qu’on a cerné le personnage. Et c’est vrai pour tous les autres. Mention spéciale pour son fils, qui est carrément con comme une chaise. Bref, rien de ce qui se passe à l’écran n’est même vraisemblable et les relations entre personnages sont tellement navrantes de clichés et d’approximation que c’en est risible.
Voilà, c'est ça le management moderne
                Enfin, la dernière chose à garder à l’esprit pour donner dans le subversif, c’est que l’élément créant la subversion ne doit pas être expliqué. Le spectateur doit ressentir cet élément comme étant normal, et que c’est justement les choses « normales » autour qui doivent avoir l’air en décalage avec cet élément. En gros, ici, pour que Michèle soit vraiment un personnage subversif, il faudrait qu’elle fasse montre de ses pulsions « inattendues » sans aucune raison apparente. Qu’elle aime se faire violer comme une femme aimerait faire l’amour, ou comme elle aimerait la tarte aux pommes finalement, et que tout dans le film cherche à faire de cette particularité quelque chose de normal dans son monde à elle. Sauf qu’ici, on essaye de nous justifier cette pulsion étrange en nous sortant son enfance difficile et les meurtres en série commis par son père, ainsi que l’aide qu’elle lui a peut être apporté. Bah ça nique tout le personnage. Puisque de ce fait, nous n’avons plus affaire à un personnage différent par nature, mais à un personnage tout à fait normal, mais qui a eu une enfance très difficile et cela se répercute sur sa vie d’adulte. Du coup, le personnage subversif devient… commun. Et dans la catégorie des échecs d’écriture, on est quelque part entre Christian Grey et Nicolas Sarkozy. Ce qui est un peu flippant.
                Donc la subversion, c’est mort. Mais si seulement il n’y avait que ça… Je vais essayer d’être bref, parce que je vais m’énerver tout seul après.
                Première chose : toutes les formes de harcèlement sexuel sont érotisées au maximum et Michèle adore se faire harceler. Que ce soit par les employés de Michèle, par le violeur, par Michèle sur ses employés, tout semble tourner autour de l’envie de Michèle de se faire tringler. Bon on va commencer par rappeler que le harcèlement sexuel est illégal. Apparemment y en a (beaucoup) qui ont oublié. Et ensuite : putain c’est lourd… C’est quoi cette image de femme « forte » mais qui aime secrètement se faire humilier ? C’est tout ce que vous êtes capable de pondre ?
                 
Deuxièmement : l’image de la femme dans ce film est dégueulasse. C’est simple, il n’y a aucune relation entre deux femmes qui ne soit pas définie par leur volonté permanente d’attention d’un homme. Allez, on prend des exemples, parce que pour maintenant, on n’a plus rien à perdre ! Michèle et sa meilleure amie : en compétition pour l’attention sexuelle du mari, avec lequel elles couchent toutes les deux. Michèle et sa voisine : en compétition pour assouvir les désirs du mari/violeur. Michèle et la copine de son fils : en compétition permanente pour s’attirer l’amour du fiston. Michèle et la copine de son ex-mari : en compétition directe pour savoir qui mérite mieux le mec. Michèle et sa mère : Michèle la déteste à cause de son père et des mecs qu’elle se tape. En fait il n’y a aucune relation féminine qui ne soit pas calibrée par la présence d’un homme, et c’est hyper visible. Mais si encore ces femmes étaient adorables, ou même rien que vaguement sympathique, je serai prêt à passer outre, en me disant que bon, admettons, peut-être que le mec n’a pas fait exprès et que c’est juste une facilité d’écriture. Bah non. Elles sont manipulatrices, égocentriques, monomaniaques, parfois obsédées sexuelles, souvent castratrices. Et c’est censé être un film promouvant le pouvoir des femmes ? Personnellement, vous me montrez un personnage masculin qui a ces traits de caractère, je le considère direct comme la cible à abattre du film. Et ici ce sont presque tous les personnages féminins qui sont détestables (sauf la copine de l’ex-mari, mais pour sa défense, elle doit apparaître quelque chose comme quinze minutes à l’écran sur les deux heures de film. Elle n’a pas eu le temps de se chauffer !).
Troisièmement : c’est une putain d’apologie du viol, ni plus ni moins. Concrètement le viol de début de film n’est pas un crime, c’est au contraire un éveil sexuel pour notre Michèle nationale, qui se découvre derrière un gout pour la domination infligée et subie. En filigrane, on pourrait presque entendre dire « ne vous inquiétez pas si vous violez une femme, elle kiffe ça de toute façon ». Le film essaye presque de nous montrer qu’on peut construire une relation autour du viol. Avec son violeur. Violeur qui apparait comme un être torturé intérieurement, qui n’est pas responsable de ses pulsions incontrôlées. Nom de diantre, c’est qu’il m’arracherait presque une larme. En revanche quand on arrive au stade où la femme du violeur remercie Michèle pour « avoir su lui apporter ce qu’il lui fallait », tout de suite, je rigole BEAUCOUP moins.
Ils sont de plus en plus cheulou les sextoys de nos jours...
Et je vais donc pousser un coup de gueule : de nos jours, une femme qui se fait violée se fait systématiquement poser les mêmes questions : « comment tu étais habillée ? Est-ce que tu avais bu ? ». Et ne nous voilons pas la face, le but de ces questions est de tenter de déterminer le degré de responsabilité de la victime dans son agression. Une pratique qui est en soit scandaleuse, mais que je peux éventuellement comprendre : il est difficile pour quelqu’un d’appréhender que n’importe qui puisse être victime d’une épreuve aussi traumatisante qu’un viol, puisque ça veut dire que rien ne les protège, eux. C’est une pure réaction de peur : on veut tenter de particulariser la victime, de trouver une différence entre elle et nous pour se rassurer. « Si elle était habillée d’une jupe courte, ou si elle a passé la soirée à aguicher l’homme en question, c’est normal qu’il ait cherché à la violer ! Moi je ne fais pas ça, donc cela ne m’arrivera pas. » Sauf que malheureusement, chacun peut être victime d’un viol. Et il faut arriver à faire taire ce réflexe de culpabilisation des victimes. Il faut arrêter avec ces arguments fallacieux et faire oublier l’idée que le viol peut être en partie la faute de la victime. Et pour ça, ce film est complètement à coté de la plaque en nous montrant une femme qui se fait violer et en redemande.
Donc je me demande : pourquoi ? Pourquoi avoir voulu partir dans cette intrigue là ? Pourquoi avoir voulu montrer cette image de la femme, tout en se plantant sur la forme comme sur le fond ensuite ? Pourquoi avoir sélectionné ce film pour représenter la France aux oscars ? C’est vraiment cette image de la femme que nous voulons voir encenser par la critique étrangère ? C’est vraiment ce genre de mentalité pour laquelle nous voulons être connus dans le monde ?
  De toute façon, pour maintenant, j’estime que c’est de la faute des femmes : si elles n’avaient pas existé, je n’aurais pas eu à supporter le visionnage de ce film !

mercredi 2 novembre 2016

La folle histoire de Max et Léon


Tu sais conduire un moto?  - Oui... J'AI MENTI!!

Bonjour à tous, lecteurs de tous poils et de tous horizons. Bienvenue à nouveau dans cette chronique pour causer cinéma. Et aujourd’hui, je vous écris à chaud un petit article quasiment en sortant de la salle obscure. Je dis quasiment car il y a quand même presque douze heures entre ma sortie et le moment où je m’empare fougueusement – oui oui, fougueusement – de mon clavier.
Mais qu’a bien pu provoquer chez moi cet irrésistible émoi, cette envie frénétique d’écrire ? Et bien il s’agit du film La Folle Histoire de Max et Léon, réalisé par Jonathan Barré et écrit par Grégoire Ludig et David Marsais, formant le maintenant célèbre Palmashow. Il s’agit de leur premier film et cela fait plusieurs mois qu’ils en font la promotion à présent. Promotion que j’ai suivie avec avidité, étant un très grand fan du duo et de leurs sketches. Pour tout vous dire, encore maintenant il m’arrive de réfléchir avec l’accent si particulier de Michel, le fonctionnaire ou de Gaspard, le délinquant sexuel totalement coincé. Ce qui, maintenant que j’y pense, en dit long sur mon état psychologique.
Avant d’aller plus loin, je fais un petit préambule : je risque de faire preuve de très peu d’objectivité sur cette chronique, pour plusieurs raisons : d’abord, il s’agit d’une production de mes humoristes préférés, il était donc peu probable qu’elle ne me plaise pas. Ensuite, je vais vous parler de cinéma français, et plus précisément de comédies françaises. Et je DETESTE les comédies françaises. Viscéralement. Je risque donc d’avoir des paroles un peu dures à leur égard. Gardez cependant à l’esprit, chers lecteurs, que tout ce que je dis n’engage que moi, et mon humble avis ne fait pas force de loi. N’hésitez pas à discuter mes opinions si vous n’êtes pas d’accord. C’est comme ça qu’un débat s’enrichit. De mon côté, je tâcherai d’avancer des arguments concrets pour justifier ma pensée.

De quoi que ça parle-t-il donc ?
La folle histoire de Max et Léon raconte l’histoire de deux amis d’enfance habitant la petite ville de Macon. L’histoire commence en 1941, alors que nous découvrons les protagonistes habillés en SS entrant dans un bar de la ville et se faisant presque immédiatement capturer par de vaillants citoyens français. Ils doivent donc raconter leur histoire, qui commence en 1939.
Han la nénette, quoi...
Nos protagonistes vivaient alors une petite vie paisible d’incapables fêtards notoires : Léon travaillait très peu, draguait à peu près tout ce qui bougeait et qui n’avait pas de pénis, alors que Max essayait de gagner sa vie en tant que livreur, bien que sa maladresse quasi légendaire le desserve plus qu’autre chose. Bref, c’est l’insouciance pour nos deux héros. Mais cela ne durera pas : car la guerre est déclarée avec l’Allemagne, et les hommes en état de se battre doivent rejoindre l’armée.
Vous vous en doutez, nos deux héros n’ont de héros que le nom. Et encore. Leur service militaire sera donc une quête sans fin pour trouver un moyen de tirer au flanc et de rentrer chez eux, dans la riante (hem) ville de Macon. Une quête qui, malheureusement, par la force du destin et de rencontres… hasardeuses – à défaut de mots plus appropriés – , les mènera jusqu’à Etaples, puis Londres, Damas, mais aussi Vichy. Enfin je crois, je vous avoue qu’un peu comme Léon, ma géographie est assez défaillante. Et je suis aussi un peu « marié avec le vent », comme il le dit si bien. Bon hormis que moi je n’ai pas vraiment besoin d’utiliser ce prétexte pour me débarrasser de mes conquêtes trop insistantes : ma personnalité suffit largement.
        Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas vous raconter le détail du film, il mérite que vous alliez le voir. Sachez que si certains éléments de l’intrigue sont assez convenus et parfois déjà vus (la faute à leur volonté de rendre hommage à des films comme la Grande Vadrouille ou la Septième Compagnie), le traitement humoristique est toujours juste et compense à chaque fois ce petit manque d’originalité dans le déroulement du scénario. Typiquement, lorsque les personnages retournent enfin à Macon après de multiples péripéties, il était évident qu’ils n’y resteraient pas longtemps, mais juste au moment où on s’apprête à tomber dans le cliché, la situation est désamorcée avec humour et auto dérision. Et moi j’aime l’auto dérision.

Mais alors, quoiqu’il faut retenir de ce flim ?
Nous arrivons maintenant à la partie qui va s’avérer la plus difficile pour moi : vous traduire avec des mots l’amour que je porte à ce long métrage et pourquoi je pense qu’il constitue un film humoristique majeur comme il en apparaît un par décennie. Rien que ça.
On va d’abord poser les bases : j’estime qu’il existe, depuis les années 80, un film humoristique par décennie qui marque son époque et souvent les suivantes. Dans les années 2000, il y avait bien sur Astérix et Obélix : mission Cléopâtre, sorti en 2001. Puis, dans les années 90, le cultissime La Cité de la Peur, sorti en 1994. Enfin, dans les années 80, nous trouvons le film Top Secret !, sorti en 1984, qui a pour moi inspiré les Nuls (on retrouve beaucoup d’éléments humoristiques similaires). Ce dernier film est beaucoup moins connu que les autres que j’ai cité, mais il vaut largement le détour. J’aurais tendance à ajouter aussi à cette Triade le film Mais qui a tué Pamela Rose ? et les différents OSS117 mais je trouve qu’ils sont sensiblement moins bons que Mission Cléopâtre. On pourrait probablement remonter jusqu’aux Bronzés font du ski, mais ils s’inscrivent, à mon sens, moins bien dans ce mouvement, même si j’admets volontiers que ce sont des œuvres humoristiques majeures.
Je suis personnellement près à croire que La folle histoire de Max et Léon est ce film comique des années 2010 qui va devenir culte. Pour soutenir cette hypothèse, je vais tâcher de m’appuyer sur ce qui pourrait être considéré comme les caractéristiques communes entre ces grandes œuvres comiques.
Ouah comment tu fais super bien le chat!
                Commençons par le commencement en abordant le scénario et le style humoristique que je vais appeler « humour de premier plan ». Je veux parler ici de l’humour global du film, celui qui est au cœur du déroulement de l’histoire. Du point de vue du scénario, tous ces films de la décennie partent toujours d’une histoire a priori sérieuse : un espion durant la seconde guerre mondiale, une enquête policière sur un tueur en série, ou la construction d’un palais dont l’échec sera source de décès. Dans le film du Palmashow, on est sur le même schéma : il est question de deux déserteurs durant la seconde guerre mondiale, ce qui n’a à priori rien de drôle – les mecs risquent la peine de mort quand même. Mais tout ce sérieux est chamboulé par la façon dont l’histoire est traitée. La cité de la peur transforme l’enquête en sketch (on assiste donc à une enskêtch) grâce à son maniement du jeu de mot et de l’absurde. Top Secret ! va plus loin encore dans l’absurde en s’y consacrant corps et âme. Mission Cléopâtre donne lui aussi dans l’absurde, mais surtout dans l’anachronisme en traitant les problèmes de nos amis gaulois d’un œil moderne, multipliant les références et là aussi les jeux de mots. Vous noterez que l’absurde revient souvent, mais d’un côté, Alain Chabat a travaillé sur deux d’entre eux, et s’est inspiré du troisième. Forcément…  Mais ce qu’on remarque en plus,  c’est que dans tous les cas, il est question d’appliquer à des héros de films, bercés par une intrigue censée les porter vers l’avant, des comportements profondément communs. Comme César qui reste de marbre devant la fureur de Cléopâtre, comme Odile Deray qui se préoccupe avant tout du succès de son film, comme un réalisateur lambda, alors qu’un tueur en série sévit autour d’elle. Tout l’humour de ces films repose sur le décalage entre l’histoire et les comportements des personnages.
                Le Palmashow est exactement dans ce schéma : nos deux protagonistes (oui, j’ai définitivement arrêté d’appeler Max et Léon des héros) ont les attitudes de types parfaitement normaux, pas de soldats partant à la guerre. Et ils resteront sans cesse en décalage avec le film qui se déroule derrière eux, provoquant scènes comiques après scènes comiques pendant que les autres personnages tâchent de défendre fièrement leur pays. Ce qui marque pour moi une grande différence entre ces films de la décennie et la comédie française plus classique, comme le serait un La vérité si je mens, ou l’Arnacoeur. Dans ces films, on s’efforce de mettre des personnages particuliers – par exemple un homme dont le travail est de séduire des femmes –  dans des situations qui sont somme toute assez banales – si on garde notre exemple, le héros tombe amoureux d’une fille –, et leur inadaptation créé le décalage. Le procédé est inverse, et je le trouve du coup plus situationnel, et plus forcé. Moins naturel somme toute, et cela rend ces films plus difficiles à apprécier de mon point de vue.
                J’en profite donc pour passer à la prochaine preuve accablante que La folle histoire de Max et Léon (et il faut que je trouve un diminutif pour ce titre, j’en ai marre de le taper) fait partie de ces vrais films comiques. Cet élément concerne ce que j’appelle l’humour de second plan. Quiconque a déjà regardé La cité de la peur sait de quoi je parle : ces petits gags dissimulés dans le décor, dans l’arrière plan. Sans parvenir à la quantité pharamineuse présente dans le film de les Nuls, celui du Palmashow sait nous faire découvrir quelques petites choses bien senties, notamment lors que Max et Léon se retrouvent à travailler pour la propagande nazie, et s’en donnent à cœur joie dans les jeux de mots de tout poil (mention spéciale pour « Hitl’hair, à fond la mèche »). Ce qui est d’ailleurs pour moi un élément qui manque dans beaucoup de comédie française : une richesse humoristique dans l’arrière plan. Une flopée de petites blagues, de petites situations amusantes, comiques, absurdes qui raviront petits et grands.
                Et qui dit films cultes dit répliques cultes. Qui n’a jamais fait avec un ami la fameuse réplique « tu veux du whisky ? – oh juste un doigt. – Tu veux pas du whisky avant ? » ? Qui ne s’est jamais exclamé « il fait au moins… moins huit mille ! » par grand froid ? Et bien je gage que La folle histoire de Max et Léon  apportera son lot de répliques cultes, comme les sketches du Palmashow l’ont déjà fait pour certains d’entre nous. (« Elle est où Jeanne ? »). Je ne vous donnerai pas d’exemples tirés du film pour vous préserver la surprise cette fois-ci. Notez que les comédies réalisées par le Splendid contiennent aussi pléthore de répliques cultes, et que c’est pour moi une grande partie de leur succès à travers les âges.
                Terminons enfin par une chose qui me tient à cœur et qui a le don de m’énerver dans la plupart des comédies françaises sur lesquelles j’ai posé mon regard humide et désabusé. Il s’agit du Pathos. Pour ceux qui n’ont pas fait de grec (soit vraisemblablement beaucoup de monde, moi perso, à part Salakis et Kébab Sauce Samouraï…), ce mot signifie souffrance, passion, ou encore affect. En gros, il va être question de toucher les émotions du spectateur pour le convaincre. Donc appliqué à un film comique, on parle généralement du moment où le film arrête totalement d’être humoristique pour sombrer dans l’étalage de la tristesse, la détresse ou tout autre mot en –esse du ou des personnages face à leur situation. L’exemple type se trouve pour moi dans La maison du bonheur, avec Dany Boon. En gros, le film est assez amusant, cumulant les situations rocambolesques, mais vient un moment où on nous montre notre héros criblé de dettes obligé de travailler en permanence pour espérer s’en sortir, au bord de la dépression.
Non mais regardez-moi cet hidalgo! BAM! Onde de choc!
                Et franchement, ce genre de truc m’énerve très fort. Tellement fort que je me sens obligé de le dire deux fois. Déjà parce que j’ai pas besoin qu’on me montre ce type de scène pour comprendre qu’un personnage fait n’importe quoi. Et ensuite, merde quoi ! Est-il nécessaire qu’un film comique cesse de l’être arrivé à mi chemin, sombre dans le marasme de l’apitoiement, pour nous livrer un happy end doucereux et convenu ? Sommes-nous, spectateurs, si cons que nous aillons besoin de cela ? Je ne pense pas. Alors pourquoi s’évertuer à mettre ce genre de scène dans des comédies ? Est-ce pour faire passer un message ? Ça m’étonnerait car la satire fait très bien passer n’importe quel message uniquement en faisant rire. Alors pourquoi, nom de diantre ?
                Il y a quelques temps j’avais lu une théorie à ce sujet expliquant que c’était parce que le cinéma français estimait que la comédie n’était pas un genre assez noble pour être digne d’intérêt, en tout cas pas la comédie pure. Je ne sais pas si c’est vrai, et si ça l’est, je trouve ça absolument navrant. Le rire n’est il pas un objectif tout aussi noble que le reste ? Vous vous rendez compte de la difficulté qu’il y a à faire rire quelqu’un de nos jours ? Moi personnellement, je suis un type du genre primesautier, qui se lève toujours de bonne humeur. Bah en général, entre les déclarations de nos hommes politiques, les sketches de Squeezie, les talents journalistiques de BFM TV et les épisodes des ch’tis à (insérer ici une ville), il me faut pas bien longtemps pour perdre foi en l’humanité.
                Mais je m’égare et je reviens au sujet : la grande marque, la marque absolue de ces films comiques de la décennie, c’est que jamais ô grand jamais ils ne cherchent à renier leur nature. Ce sont des films comiques, et ils refusent d’être autre chose. Ils restent amusants, humoristiques, du début à la fin. Et La folle histoire de Max et Léon colle parfaitement à cette description. Car même si on note une petite descente vers un passage plus triste, il est très vite désamorcé par un peu d’humour. Et on retourne sur les chapeaux de roues dans notre aventure, toujours plus drôle, jamais forcée, toujours bien dosée.
                Reste cependant un dernier critère à respecter pour faire partie du panthéon des films comiques : l’intemporalité. Rendez-vous compte que Le Père noël est une ordure est sorti il y a près de 35 ans. Rendez-vous compte que Les Bronzés font du ski a été diffusé pour la première fois il y a presque 40 ans. La cité de la peur a plus de 20 ans, Mission Cléopâtre en a 15. Et ces films ont su marquer presque toutes les générations, et font encore rire un large public de nos jours. Je ne peux assurer que La folle histoire de Max et Léon marquera à ce point les esprits, mais en tout cas je le souhaite de tout cœur. Car maintenant que les Inconnus, les Nuls, les Robins des Bois, et j’en passe, ont peu à peu disparu, le Palmashow me semble être un candidat sérieux pour remplacer ces illustres groupes de comiques.