mardi 14 février 2017

La La Land



Bonjour à vous chers lecteurs j’ai une question pour vous : avez-vous déjà essayé de faire une raclette avec du nutella ?
Je suppose que non, car l’idée est passablement saugrenue. Pourtant, si on prend chaque éléments de cette recette séparément – à savoir la raclette d’un côté et le nutella de l’autre – vous serez sans doute d’accord pour dire que l’on a affaire à un petit plaisir gustatif tout à fait fameux. Prenons la raclette : du fromage fondu, un peu de charcuterie, des pommes de terre chaudes… Je vous vois saliver derrière vos ordis. Et le Nutella : une onctueuse pâte délicatement parfumée au chocolat et à la noisette, ce petit plaisir coupable qui fait du bien au moral, mais beaucoup de mal à notre corps de dieu/déesse grec(que) ainsi qu’à l’écosystème (huile de palme, tout ça quoi).
La Danse de la Grue, arcane shaolin
bien connue
Mais alors Jamie, si l’on prend ces deux ingrédients mondialement reconnus comme jouissifs et qu’on les mélange, on devrait se retrouver avec le plat ultime, un distributeur d’orgasmes gustatifs par cargaison, non ?
QUE VOUS ÊTES NAÏFS !! Enfin je dis ça, mais en vérité j’en sais rien… Cela dit, je doute très sincèrement que la raclette au chocolat soit un plat qui ait un intérêt, outre le fait de risquer à la fois le diabète et l’infarctus pendant un même repas.
Maintenant que nous avons parlé de cela, vous êtes certainement en train de vous dire que je suis encore en train d’écrire cette chronique complètement bourré. Et ma foi, vous n’auriez pas franchement tort, mais il y a tout de même une excellente raison pour laquelle je me perds en divagations culinaires, et vous allez vite la comprendre. Car oui, très chers lecteurs, aujourd’hui, je vais vous parler de La La Land, un film de Damien Chazelle, avec le pimpant Ryan Gosling et la choupinoute Emma Stone. Et oui, je viens d’utiliser l’adjectif « choupinoute ».


De quoi que ça parle-t-il donc ?
Ce film raconte l’histoire de deux âmes liées par le destin : Mia, jeune serveuse débarquée à Hollywood pour essayer d’y percer en tant qu’actrice, et Sebastian, pianiste talentueux qui ne jure que par le jazz et qui caresse le rêve un peu fou de monter son propre bar… de jazz. Totalement par hasard, ils se rencontrent dans un embouteillage, dans un restaurant, puis à une soirée. A force de se rencontrer de façon inopinée, ils finissent par tomber amoureux l’un de l’autre en dépit de leurs différences – vous ne l’aviez pas vu venir hein ? –, et même par aller dans l’espace – je vous jure que c’est pas une connerie.
Sauf que la vie est une pute, c’est bien connu. En effet, Sebastian, pour financer l’ouverture de son bar et rassurer Mia qui s’inquiète de l’état de leurs finances, rejoint un groupe de jazz moderne/électro, qui cartonne totalement et le fait partir en tournée un peu partout. Pendant ce temps, Mia, lassée de se voir en permanence refusée par des castings, monte sa propre pièce.
Sauf que cette dernière marche moyen, voire pas du tout, pendant que Sebastian, au contraire, devient assez vite très connu. Les amants se voient peu, et finissent par rompre après que Sebastian ait manqué la première de la pièce de Mia. Accablée par des critiques très mauvaise, elle finit par tout laisser tomber et rentrer chez elle, laissant Sebastian seul.
Mais le destin les rattrape : une directrice de casting était présente lors de la première de la pièce et voudrait auditionner Mia pour un rôle sur mesure. Elle appelle alors Sebastian, qui fonce la rejoindre chez ses parents pour lui annoncer la nouvelle. Elle passe le casting de sa vie, pour un film qui va peut-être lancer sa carrière.
Je m’arrête ici pour le résumé, car franchement tout est un peu cousu de fils blancs, on a déjà vu ça mille fois un peu partout, c’est pas le scénario du siècle. Pour le fun, je vous laisse juste le petit suspens sur ce qu’il se passe à la fin, parce que bon, on n’est pas des bêtes. 
Guééééééééééé


Mais alors, quoiqu’il faut retenir de ce flim ?
                D’après ce que j’ai pu voir un peu partout sur le Net, il existe deux catégories de gens qui ont vu La La Land : les vieux cons réacs qui l’ont trouvé nuls à chier, et les grands abrutis naïfs qui l’ont trouvé génial. J’ai donc l’insigne honneur de vous annoncer que je ne serais en aucun cas original, car j’appartiens plus ou moins aux deux catégories.
                On va commencer par les bons points, parce qu’il y en a. D’abord niveau image, je les trouve très belles, avec des couleurs soignées et des plans assez sympathiques qui rendent justice à la ville de Los Angeles, la rendant assez proche de nous, presque conviviale. On est dans une ambiance visuelle qui est très chaleureuse, presque intimiste par moment avec une impression de vivre la vie des gens du commun aux premières loges, et c’est assez agréable. Ça change un peu du bling-bling.
                D’ailleurs, les personnages sont plutôt dans ce goût là, et je pense que le directeur de casting a eu du flair en choisissant Gosling et Stone : on donnerait facilement le Bon Dieu au premier qui joue toujours juste, et la seconde est tellement craquante et expressive que chacune de ses mimiques et de ses réactions est criante de vérité.  Bref, grâce à ces deux visages, on s’investit très vite dans l’histoire d’amour et on éprouve tout aussi vite de l’empathie envers les personnages.
                D’un point de vue musical, c’est aussi plutôt pas mal, avec des morceaux très beaux, toujours dans le ton, souvent entraînants. Les passages de danse sont aussi fort agréables, avec une mention spéciale pour la scène nocturne où Mia et Sebastian se découvrent pendant qu’il la raccompagne à sa voiture après une soirée.
                En résumé, la partie film, ça va. La partie musique, ça va. Par contre, là où ça devient n’importe quoi, c’est quand le film nous mélange les deux. C’en est presque tragique tellement c’est raté par instants. Et je vais expliquer ça en quelques points.
                Le premier et principal problème, c’est qu’on est systématiquement dans le flou total quand à la nature du film. Ce n’est jamais totalement un film, et jamais totalement une comédie musicale. Il y a un très gros souci de définition de l’univers du film, car on passe sans cesse d’un style à l’autre, sans vraiment de justification. Par exemple, le film s’ouvre sur une scène musicale et dansée. Cette scène d’exposition censée nous montrer l’univers dans lequel se déroule le film devrait donner le ton du reste du long métrage : on va avoir une comédie musicale des familles, avec son lot de danses, chœurs, chansons. Sauf qu’au bout de 20-30 minutes de comédie musicale, on se retrouve dans un film 100% film, sans vraies chansons ni véritable chorégraphie. Puis d’un coup, ça reprend lors du casting final de Mia. On a l’impression que les mecs ont commencé par faire une comédie musicale, se sont dit que c’était une mauvaise idée et ont arrêté, puis d’un coup vers la fin se sont souvenu que les studios leur avaient demandé une comédie musicale donc ils ont remis des chansons.
Go go Power Rangers!
D’ailleurs, j’ai envie de revenir sur le casting de Mia : le fait qu’elle se mette soudainement à chanter alors qu’on n’avait presque pas entendu sa voix pendant les deux séquences précédentes casse totalement la pression de la scène et lui enlève toute crédibilité. A titre personnel c’est ma plus grande déception : je commençais enfin à m’attacher au personnage, j’étais à fond dedans, je voulais la voir donner le meilleur d’elle-même, et j’ai eu le droit à une putain de chanson. Alors certes une jolie chanson, mais merde quoi, c’est comme si d’un coup Tarantino faisait chanter ses acteurs en pleine scène d’action… Bref, toute l’intensité et l’enjeu de la scène partent dans le siphon.
Pour faire court, on a un gros problème de définition de l’univers du film. Parce que comprenez-moi bien : j’adore les comédies musicales. Je n’ai aucun problème à voir des gens se mettre à danser et chanter au lieu de parler, et même les chorégraphies les plus loufoques ne me dérangent pas. Sauf que là, bah on est au cinéma. Et au cinéma, on ne peut pas faire comme au théâtre. Beaucoup de choses ne passent pas, comme certains pas de danse, ou la baisse des lumières lorsqu’un personnage chante. Parce que ces éléments ne peuvent pas faire partie de l’univers du film, pas quand tout le reste est parfaitement normal. Encore si cela survenait à chaque fois que quelqu’un chante, mais même pas en  plus. C’est totalement incohérent. Ça l’est tellement que par moment, on ne sait plus vraiment si la musique fait partie du film – comprenez que les personnages peuvent l’entendre et donc réagir à celle-ci –, si elle fait partie d’une comédie musicale – c'est-à-dire que les personnages l’entendent et dansent dessus, mais comme si cela faisait partie de l’histoire, ils dansent « sans s’en rendre compte », comme dans une comédie musicale –, ou si la musique est extérieure au film et seul le spectateur l’entend. C’est le flou total et on se retrouve surpris que des personnages réagissent à une musique qu’on pensait qu’ils ne pouvaient pas entendre.
Mais là où ça devient catastrophique, c’est que ce flou sur l’univers du film s’accompagne de tout pleins d’erreurs formelles qui renvoient encore plus le spectateurs à sa condition de spectateur dans une salle de cinéma qui regarde un film. Je reprends un exemple cité juste avant : la baisse des lumières lorsqu’un personnage se met à chanter. C’est typiquement un code classique du théâtre et de la comédie musicale, sauf qu’ici on est ni dans l’un ni dans l’autre. Si on compare à d’autres comédies musicales comme Le Fantôme de l’Opéra, Les Misérables ou encore Sweeney Todd, ils n’utilisent jamais ce procédé car ça détruit totalement l’univers du film, ça sort les personnages d’un univers cohérent, et ça diminue l’empathie qu’on a pour eux dans la mesure où on se prend en plein visage que ce ne sont que des personnages de film, donc ce qui leur arrive a, au fond, peu d’importance. C’est encore pire quand on rajoute un univers dont les règles changent régulièrement ou même des fautes dans des codes évidents du cinéma comme la règle des 180 degrés.
Comment ça je suis devant l'écran?
Tiens bah dans le genre scène qui part en vrille, la scène dans l’espace. Elle n’a rigoureusement rien à faire dans ce long métrage. Alors oui, c’est probablement une métaphore de l’amour qu’ils commencent à éprouver l’un pour l’autre, de ce sentiment de bonheur et de complétion qui les envahit alors qu’ils trouvent enfin l’amour de leur vie, et que sais-je encore de mièvreries poétiques. Sauf que nous ne sommes ni dans un roman, ni dans un recueil de poème, ni au théâtre. Et cette scène n’a aucune cohérence avec le reste. Encore si le réalisateur en avait parsemé tout le film, ça passerait. Mais là c’est la seule du genre, et elle t’agresse le visage en plus avec ses couleurs décapantes et sa musique qui gagne en puissance par rapport au reste. Et le pire c’est que le film lui-même fait mieux dans la scène précédente, quand ils sont dans le cinéma, qu’ils se cherchent l’un l’autre et qu’ils s’apprêtent à s’embrasser. La scène est beaucoup plus touchante, beaucoup plus réaliste, pleine d’une certaine maladresse qui la rend charmante malgré son côté ultra cliché.
Je vous le fais donc en résumé, mon principal reproche c’est que le réalisateur a voulu mélanger les codes du cinéma et les codes de la comédie musicale. Sauf que j’ai surtout eu l’impression qu’il ne les connaissait qu’imparfaitement et donc le mélange ne s’opère pas, un peu comme un cuisinier amateur qui se dirait naïvement « tiens, si je mélange deux trucs super bons, ça ne peut que faire un truc super bon ». Sauf que pour faire ça, il faut impérativement accompagner la démarche d’une rigueur à toute épreuve pour ne pas laisser passer des fautes et des incohérences énormes. Remettre en question les codes du cinéma, les mélanger avec d’autres, d’habitude je dis oui – j’ai par exemple adoré Scott Pilgrim pour son mix entre film et jeu vidéo – mais pas comme ça, pas n’importe comment, bref, pas comme La La Land.
Ceci étant dit, le film n’est pas atroce à regarder. Mais je pense qu’il aurait gagné à être soit totalement un film, soit totalement une comédie musicale. Pas un mélange des deux.

jeudi 2 février 2017

Your Name



Je vous souhaite le bonjour à tous, chers lecteurs ! Alors que Donald Trump fait tellement n’importe quoi que même le Gorafi ne sait plus quoi inventer, de peur que ça devienne réalité ; alors que le « candidat de la droiture » s’en est foutu plein les fouilles par le biais de sa femme, et se permet de payer ses enfant 15 000€ pour un an de travail à mi temps, alors que des milliers d’autres étudiants galèrent pour payer leurs études et doivent parfois les abandonner faute de moyen ; pendant que le monde a l’air de grosso merdo se casser la gueule dans les grandes largeurs, j’ai trouvé le remède à tout ce marasme, moi, votre très humble serviteur.
Hé, elle est pas mortelle cette affiche?
Et je vous le donne en mille, il s’agit bien sur du cinéma, mais surtout du bon cinéma. D’ailleurs, puisqu’une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, je vais vous parler d’un bon film. Attrapez votre plus belle paire de baguettes, enfilez votre kimono le plus confortable, commandez vos sushi préférés et empilez un maximum de clichés, car nous partons vers l’univers merveilleux des animés japonais, grâce au film Your Name. ou Kimi no Namae wa. dans sa version originale, un long métrage d’animation réalisé par Makoto Shinkai, avec les voix de Ryunosuke Kamiki et de Mone Kamishiraishi.   


De quoi que ça parle-t-il donc ?
Le film raconte l’histoire de Taki et Mitsuha, deux lycéens que tout sépare. Taki est un jeune garçon habitant au cœur de Tokyo, un peu bagarreur et serveur à mi temps. Mitsuha habite dans un petit village perdu au cœur d’une montagne, surplombant un magnifique lac, et elle s’occupe du sanctuaire familial avec sa grand-mère et sa petite sœur, pendant que son père les délaisse totalement, trop pris qu’il est par la vie politique et son rôle de maire.
Et donc vous vous demandez sans doute ce qui peut réunir ses deux personnes pourtant si dissemblables. Est-ce un formidable destin ? Est-ce une rencontre fortuite ? Est-ce un rêve l’un de l’autre ? Est-ce un charme magique qui tresse et entrelace les fils du destin autour d’eux ?

C’est un rêve. Oui parce que j’ai vu le film en fait.

En effet, ils se rendent bien vite compte que parfois, lorsqu’ils s’endorment, ils échangent de place : Taki se retrouve dans le corps de Mitsuha et vice-versa. Seulement, ils n’ont bien sûr aucun souvenir de ce qu’a fait l’autre dans son corps, et eux-mêmes oublient petit à petit ce qu’ils ont fait dans le corps de l’autre, jusqu’à progressivement oublier jusqu’au prénom l’un de l’autre.
Pour palier à cela, ils mettent en place un système pour leur permettre de continuer à vivre, comme un certain nombre de règles à respecter et la nécessité de faire un compte rendu de chaque jour sur leurs téléphones mobiles.
Ils vivent leur vie ainsi, avec ses hauts, ses bas, même si ça ne marche pas toujours comme ils le voudraient. Mais bon gré mal gré, bien qu’ils se tapent mutuellement sur le système, ils se débrouillent comme ils peuvent et ça se passe pas trop mal. Jusqu’au jour où les échanges cessent brutalement. Taki reste ainsi trois semaines sans jamais se retrouver à la place de Mitsuha, et il l’oublie peu à peu.
Mais même s’il oublie son nom ou son visage, il ne peut s’empêcher de ressentir un manque cuisant, un besoin irrépressible de retrouver cette personne dont il se souvient de moins en moins. Il part alors à sa recherche, se basant uniquement sur un dessin réalisé grâce à ses derniers souvenirs.
Parmi les dizaines de moyens possibles pour communiquer,
est-ce que s'écrire sur le visage était vraiment le plus pertinent?
Et je m’arrête volontairement ici, car c’est à partir de ce moment que les révélations et les rebondissements s’enchaînent, et c’est aussi à partir de ce moment que le film devient génial. Donc si vous voulez savoir la suite, il va vous falloir voir le long métrage ! Mais rassurez-vous, il vaut amplement que vous lui sacrifiez deux heures de votre temps !


Mais alors, quoiqu’il faut retenir de ce flim ?
                Je pense que vous l’avez deviné, j’ai absolument adoré ce film. Et je pense que pour cette fois, je vais me retenir de faire des interprétations et de partir dans des théories fumeuses. Je vais tâcher de rester dans la simplicité.
                La première chose que j’ai trouvé remarquable, c’est la qualité de l’animation et du dessin de manière générale. Certes, la patte graphique est très classique, rien de follement innovant, mais les couleurs, les décors et les design des lieux et des personnages sont particulièrement réussis. Les lieux sont saisissants de réalisme, la ville de Tokyo fourmille de vie, et il ressort du film une ambiance très poétique, presque onirique qui donne très envie d’y plonger. Dans la catégorie des petites choses en fond qui donne sa saveur au film sans s’imposer au spectateur, la musique est particulièrement belle et donne toute sa force au récit qui se déroule devant nos yeux.
                Passons maintenant à ce qui représente pour moi les deux arguments qui me font dire que tout le monde devrait prendre le temps de voir ce film : ses personnages et son histoire.
                Mon petit résumé a dû vous l’indiquer, les protagonistes sont des adolescents tout à fait lambda. Ils rêvent à l’avenir, avancent dans leur vie jour après jour, profitent de leurs amis, comme n’importe qui vivra ou a vécu à leur âge. Les personnages secondaires sont aussi criants de réalisme, sans forcément entrer dans les clichés habituels des mangas. Et c’est précisément ce qui les rend attachants : il est impossible de ne pas s’identifier à l’un ou l’autre des protagonistes. Que je me fasse bien comprendre : pouvoir s’identifier, s’investir dans une histoire est selon moi un pré requis important pour qu’un récit, une histoire ait une portée, un impact sur son audience.
                Et ici ça marche du tonnerre : j’ai très franchement vécu le film comme si j’y étais, me prenant très rapidement d’affection pour les deux héros. D’ailleurs je pense qu’il faut saluer pour cela la performance des doubleurs, qui ont su rendre à la perfection les jeux respectifs l’un de l’autre : on reconnait la manière de parler et les mimiques de Mitsuha lorsqu’elle est dans le corps de Taki, et on s’amuse de voir la brusquerie de Taki dans le corps de Mitsuha. Une très belle performance qui nous permet de nous immerger encore plus dans le film. Si on compare ça à un studio Ghibli par exemple, je trouve Your Name meilleur, principalement à cause de cela. Même si les films de Miyazaki sont magnifiques, je trouve très difficile de réellement s’investir dans ses histoires tant elles sont féériques. Il leur manque un sens du réel, que Shinkai a très bien su conférer à son long métrage.
Moi aussi ça me fait ça quand je vois ma tronche le matin.
                Mais passons au plat de résistance, parlons du récit. Pour être tout à fait honnête avec vous, j’ai au départ trouvé le film un peu long à se mettre en place, surtout lorsqu’on sait qu’ils échangent leurs corps, alors qu’eux-mêmes ne le savent pas. Du coup, le fait qu’ils mettent un moment à comprendre ce qu’il se passe rend le film un peu lent à se lancer. Mais alors par contre, quand il se lance, il déconne pas… On passe d’une révélation à l’autre dans un suspens haletant, d’autant plus insupportable que les héros sont attachants. Lorsque Taki part à la recherche de Mitsuha, on veut le voir réussir, on veut le voir trouver la fille qu’il aime. On regarde avec appréhension son tâtonnement pour retrouver le village, et alors qu’on pensait enfin arriver au bout de nos peines, on se prend un retournement de situation en plein visage, même si on s’y attendait un peu. Et à partir de là, le film est totalement réécrit et on le regarde d’un œil nouveau, et ce jusqu’à ce que d’autres retournements de situations se produisent, nous poussant dans nos derniers retranchements. Et même lorsqu’on pense que le film se termine, il repart dans une nouvelle quête.
                Car si le film nous parle avant tout du lien entre deux adolescents, je pense qu’il est aussi une sorte d’allégorie de la recherche du bonheur : l’essentiel du film raconte tout de même la quête de Taki, jeune homme incapables de trouver la seule chose capable de combler le vide dans son cœur. Alors nous le voyons, toujours en quête, n’abandonnant jamais, comme s’il était poussé par un destin tragique – et le mot tragique n’est ici pas choisi au hasard – à aller de l’avant, plus loin sur un chemin qui l’amènera peut-être jusqu’à son but, sans qu’il n’en ait la moindre certitude. Et nous, humbles spectateurs, espérons de tout notre cœur qu’il va parvenir à retrouver Mitsuha, personnification du bonheur pour le jeune homme, sans doute parce que nous même suivons dans nos vies la même quête.
                Mais j’interprète peut-être un peu trop cela dit, c’est peut-être simplement une belle histoire d’amour. Probablement l’une des plus belles que j’ai vue d’ailleurs. En tout cas elle m’a beaucoup ému, moi, vieux cynique alcoolique écrivant ces lignes un soir de solitude, éclairé par la lueur ambrée d’une lampe traversant une bouteille de whisky, projetant sa lumière sur mon froid clavier alors que je pense à mes amours perdus. Imaginez donc à quel point l’histoire doit être touchante pour susciter quelque chose chez ce cœur de granit !
                Une question peut cependant se poser : est-il possible d’apprécier le film en étant allergique à l’animation japonaise ? Je pense que si vraiment vous avez des problèmes avec ça, cela peut-être un peu compliqué, car on retrouve pas mal de codes propres aux mangas, notamment dans l’humour et le ton employé. Plusieurs petits détails peuvent aussi vous échapper si vous n’êtes pas un minimum connaisseur de culture japonaise – je pense notamment à quelques jeux sur des qualificatifs ou des suffixes honorifiques, pratiquement impossible à transcrire en français, bien que je salue les tentatives dans les sous-titres. Mais dans l’ensemble, je ne saurais que vous conseiller de faire l’effort de passer outre cela pour vous plonger dans le film, il vaut très largement le coup.
                Bon, plus j'écris et plus j'ai le sentiment que je ne parviendrai pas à lui rendre honneur, donc je pense que je vais me diriger tranquillement vers la fin de l'article. Alors arrêtez tout ce que vous faites, prenez vous un peu de temps et aller le voir, vous en sortirez le sourire aux lèvres, avec la satisfaction de ne pas avoir perdu votre temps !

jeudi 12 janvier 2017

Le Fondateur


Je me demande de quoi parle ce film...
Ce code couleur m'est totalement inconnu!


Bonjour à tous chers lecteurs ! Aujourd’hui je vais rusher autant que possible cet intro car nous allons parler d’un bon film, dont j’ai un certain nombre de choses à dire. Sans transition, nous allons parler du film Le fondateur, réalisé John Lee Hancock – qui a quand même réalisé Dans l’ombre de Mary, film sur Walt Disney, mais aussi Bad Boys II – avec en rôle star l’exceptionnel Michael Keaton, et en second rôle remarqué Nick Offerman – qui restera pour moi à jamais Ron Swanson, un des personnages les plus iconiques de la série Parks and Recreation, que TOUT LE MONDE devrait avoir vue.
Autant vous dire que ce film part sous les meilleurs auspices et que j’avais un peu hâte de voir ce que ça allait donner, d’autant que son sujet est assez controversé, vous allez vite vous en rendre compte.

De quoi que ça parle-t-il donc ?
Le film nous raconte l’histoire de Ray Kroc, un nom que vous avez peut-être déjà entendu, puisqu’il s’agit de celui que l’on connait comme le fondateur de l’empire McDonald’s. Nous commençons par le découvrir en tant que vendeur itinérant pour une marque qui vend des machines à Milk Shake pour des Dinners américain, sur la côte Est. Les affaires ne marchent pas tellement, ce qui le contrarie beaucoup puisqu’il a lui-même investi dans cette entreprise.
Mais un jour, il reçoit un coup de téléphone qui le surprend au plus haut point : un restaurant sur la côte Ouest passe commande de huit machines, un record absolu pour une époque ou tout au plus il en vendait une ou deux par restaurant. Intrigué, il décide d’aller voir de quoi il en retournait.
Il se trouve confronté au tout premier McDonalds, un stand qui vend uniquement des hamburgers, du soda et des milkshakes. Grâce à un procédé ingénieux et millimétré, les commandes sont préparées à l’avance et prêtes en quelques minutes à peine, l’ambiance y est chaleureuse et bon enfant, et le restaurant ne désemplit pas. Bref, c’est un succès retentissant et Ray n’en revient pas.
Il rencontre alors les deux frères à l’origine du concept : Mac et Dick McDonald. Ces deux frères lui racontent leur histoire, leurs difficultés, et le cheminement de leur idée. Absolument emballé par le projet, Ray leur propose de franchiser leur restaurant. Mais les frères refusent : ils ont déjà essayé, et ce fut un échec retentissant : normes d’hygiène non respectées, menus fantaisistes, etc… Ray se heurte à un mur.
Pourtant, il insiste. Pour lui, c’est l’invention du siècle en termes de restauration, c’est le futur, le progrès, la cerise sur le gâteau, le caviar. Il refuse catégoriquement de passer à côté d’une opportunité pareille. A force d’insistance, il finit par décrocher un contrat avec les deux frères. Contrat très restrictif : il ne retire que 1.9% de Chiffre d’Affaires des franchisés, dont 0.5% sont reversés aux frères McDonald. De plus, les frères doivent valider la totalité des plans et des potentiels changements sur les restaurants pour qu’ils puissent contrôler que tout soit à la hauteur.
Mais peu importe ces restrictions, plongés dans le bouillon de la frénésie entrepreneuriale, Ray ouvre son premier McDonald’s (hypothéquant sa maison pour cela) et démarche ses premiers franchisés. Le succès semble être à sa porte.
VIVE LE DIABETE!!
VIVE LE CHOLESTEROL!!!
Mais en fait pas tellement, car ses premiers franchisés s’en fichent comme de leur premier hamburger et ne respectent que peu voire pas les exigences de qualité de McDonald’s. Furieux, il change de stratégie et décide de recruter ses franchisés parmi « la plèbe ». Bref, il cherche des gens, des couples modestes ayant un peu d’économies pour pouvoir se payer la franchise et prêts à travailler d’arrache pied pour faire marcher le business, avec les récompenses financières à la clef.
Et grand bien lui en prit, car la sauce prend ! McDonald’s explose et se répand un peu partout dans la côte Est. Mais lui-même, Ray Kroc, ne s’en sort pas financièrement. En effet, il ne parvient pas à rembourser son emprunt et l’hypothèque de sa maison avec sa part. Il cherche donc un moyen d’augmenter ses revenus, mais se heurte aux « non » catégoriques des frères qui refusent tout changement à leur concept de base. Les carottes sont cuites, il semble sur le point de se retrouver à la rue.
Jusqu’à ce qu’il rencontre Harry Sonneborn, qui lui donne le conseil du siècle : racheter les terrains sur lesquels sont construits les McDonald’s. Il pourra ainsi s’assurer un contrôle total sur les restaurants, tout en assurant une source de revenu stable et conséquente. Il peut ainsi rafler la plus grosse part du gâteau, sans contrevenir directement au contrat. Il se retrouve même avec l’ascendant sur les frères McDonald, puisqu’il finit par racheter leur terrain.
La suite est connue : fort de ces capitaux démentiels, la croissance du groupe est exponentielle et bientôt on trouve un McDonald’s dans chaque ville, de la côte Est à la côte Ouest. Ray Kroc finit par racheter le nom de McDonald’s aux frères, pour la somme de 2.7 millions de dollars, et l’accord tacite de leur reverser 1% des revenus de la société tous les ans. Ce qu’il ne fera d’ailleurs jamais, cette clause ne faisant pas partie du contrat de rachat. Il se fait dorénavant appelé le Fondateur de McDonald’s. Le film se termine sur une courte interview archive du véritable Ray Kroc, et sur quelques informations concernant la vie de plusieurs personnages.
Mais alors, quoiqu’il faut retenir de ce flim ?
On va commencer par le contenu en lui-même : le film est très riche. D’un point de vue mise en scène, je l’ai trouvé assez classique et très peu de plans sont particulièrement novateurs. C’est cependant très efficace et très immersif, et c’est tout ce qu’on lui demande. D’un point de vue scénario, le film est très riche : on se prend très vite à suivre avec attention la montée en puissance de l’empire du Fast Food, mais on s’intéresse aussi à Ray Kroc, à son histoire personnelle, et aux différentes relations parfois ambigües avec les personnages.   
                En fait, Micheal Keaton a tendance à porter le film à lui tout seul et nous livre une performance d’acteur que j’ai trouvé remarquable, d’autant qu’il est bien aidé par son personnage tout en nuance, qui passe de l’éternel enthousiaste cherchant à enrichir les gens autour de lui tout en promouvant les efforts et le travail des autres, à l’homme froid et cruel dévoré par son ambition et abandonnant toute morale. On se laisse très facilement emporter par sa gouaille, par son énergie débordante.
                Et c’est d’ailleurs ce qui me pose problème lorsque je veux interpréter le message de ce film. En effet, le sujet McDonald’s a tendance à susciter beaucoup d’émotions, que ce soit dans le négatif et le positif. Je m’attendais à voir un film relativement orienté dans un sens ou dans l’autre, mais en fait… Bah pas vraiment. Ray Kroc n’est jamais montré comme un homme tout noir ou tout blanc, et le seul vrai défaut qu’on peut lui reprocher selon moi, c’est le fait qu’il soit totalement consumé par son ambition et sa volonté de succès. Je m’explique parce qu’il fait quand même de sacré coups de pute aux frangins McDonald.
                Dans ce que je retire du film, je constate plutôt deux choses : la première, c’est que le réalisateur considère les affaires comme purement amorales. L’objectif premier d’une société, c’est de grandir et de gagner de l’argent. Ni plus ni moins. Et toute tentative de faire autrement qui ne soit pas dictée par une loi, et une idiotie, une erreur stratégique. Par exemple, lorsque les frères McDonald refusent en bloc tout changement qui pourrait leur faire gagner plus d’argent, à eux et à leurs franchisés, sans que cela impacte la qualité de la nourriture, c’est une erreur stratégique. Attention cependant, cela ne signifie pas pour autant qu’il faut être un enculé. Les affaires sont amorales, et non immorales.
Grosse ambiance.
                On est cependant tout de même confronté à une fils-de-puterie assez caractérisée lorsque Kroc rachète le terrain des frères McDonald pour pouvoir leur imposer ce qu’il veut et gagner l’ascendant sur eux en dépit des termes de leur contrat initial. Pourtant, cette fils-de-puterie est indirectement causée par les frères McDonald (si on suit rigoureusement le déroulement du film). Car Kroc est poussé dans ce retranchement à cause de leur refus catégorique d’augmenter leur part de prélèvement sur le CA des franchisés. Augmenter cette part aurait permis d’éviter cette tentative sournoise. Et ultimement aurait permis d’éviter que Kroc devienne à ce point plus puissant qu’eux qu’il soit en mesure de racheter leur nom, puisque leur puissance économique aurait grandi en même temps qu’eux.
                Et finalement, face à ce film, on se retrouve confronté au fait que l’empire McDonald’s ne s’est pas monté sur la persévérance, le travail acharné, ou même sur une arnaque odieuse. Il s’est construit sur le choc entre deux égos : celui de Ray Kroc et celui de Dick McDonald. En effet, les deux hommes sont restés campés sur leurs positions, leurs ambitions, leur fierté en toutes circonstances. Il eut suffit que l’un des deux fasse un compromis pour que le destin de l’entreprise soit très différent. Par exemple, si cette fameuse part avait augmentée et que Kroc avait pu rembourser son prêt comme ça, sans doute n’aurait-il jamais essayé d’outrepasser le contrat, puisqu’il n’aurait sans doute jamais rencontré Sonneborn en allant négocier à la banque. Mais sans doute l’empire McDonald’s n’aurait pas connu l’essor qu’on lui connait aujourd’hui. De façon générale, il me parait évident au visionnage du film que si les deux hommes avaient pu travailler en meilleure intelligence, l’issue de ce bras de fer entre eux eut été bien différent.
                Bon ça c’est la version suggérée par le film, on peut allégrement remettre en doute le fait que Kroc n’aurait jamais tenté de racheter les terrains, et peut-être que s’il n’avait jamais rencontré Sonneborn par hasard, ce dernier serait allé le chercher directement. Peut-être que Kroc, totalement dévoré par son ambition, aurait trouvé un autre moyen de passer outre l’aval des frères pour pouvoir gagner encore plus d’argent. Mais bon, avec des « si », on fait des planches et met Paris dans un hamburger, aussi ne saurons-nous jamais le fin mot de cette histoire. Moi je retiens surtout que les vrais créateurs de McDonald’s se sont fait prendre jusqu’à leur nom, ce qui en soit est tout de même assez triste. Même si on peut largement affirmer que c’est partiellement de leur faute.
                En tout cas je vous conseille d’aller voir ce film dès que possible, car en plus de cette histoire parfois sordide mais toujours passionnante, il fait aussi l’apologie de la persévérance, de l’opiniâtreté et de la patience, un leitmotiv qui fait du bien et redonne parfois courage en nos projets personnels, nous rappelant qu’avant de réussir, tous ont échoué.