jeudi 2 février 2017

Your Name



Je vous souhaite le bonjour à tous, chers lecteurs ! Alors que Donald Trump fait tellement n’importe quoi que même le Gorafi ne sait plus quoi inventer, de peur que ça devienne réalité ; alors que le « candidat de la droiture » s’en est foutu plein les fouilles par le biais de sa femme, et se permet de payer ses enfant 15 000€ pour un an de travail à mi temps, alors que des milliers d’autres étudiants galèrent pour payer leurs études et doivent parfois les abandonner faute de moyen ; pendant que le monde a l’air de grosso merdo se casser la gueule dans les grandes largeurs, j’ai trouvé le remède à tout ce marasme, moi, votre très humble serviteur.
Hé, elle est pas mortelle cette affiche?
Et je vous le donne en mille, il s’agit bien sur du cinéma, mais surtout du bon cinéma. D’ailleurs, puisqu’une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, je vais vous parler d’un bon film. Attrapez votre plus belle paire de baguettes, enfilez votre kimono le plus confortable, commandez vos sushi préférés et empilez un maximum de clichés, car nous partons vers l’univers merveilleux des animés japonais, grâce au film Your Name. ou Kimi no Namae wa. dans sa version originale, un long métrage d’animation réalisé par Makoto Shinkai, avec les voix de Ryunosuke Kamiki et de Mone Kamishiraishi.   


De quoi que ça parle-t-il donc ?
Le film raconte l’histoire de Taki et Mitsuha, deux lycéens que tout sépare. Taki est un jeune garçon habitant au cœur de Tokyo, un peu bagarreur et serveur à mi temps. Mitsuha habite dans un petit village perdu au cœur d’une montagne, surplombant un magnifique lac, et elle s’occupe du sanctuaire familial avec sa grand-mère et sa petite sœur, pendant que son père les délaisse totalement, trop pris qu’il est par la vie politique et son rôle de maire.
Et donc vous vous demandez sans doute ce qui peut réunir ses deux personnes pourtant si dissemblables. Est-ce un formidable destin ? Est-ce une rencontre fortuite ? Est-ce un rêve l’un de l’autre ? Est-ce un charme magique qui tresse et entrelace les fils du destin autour d’eux ?

C’est un rêve. Oui parce que j’ai vu le film en fait.

En effet, ils se rendent bien vite compte que parfois, lorsqu’ils s’endorment, ils échangent de place : Taki se retrouve dans le corps de Mitsuha et vice-versa. Seulement, ils n’ont bien sûr aucun souvenir de ce qu’a fait l’autre dans son corps, et eux-mêmes oublient petit à petit ce qu’ils ont fait dans le corps de l’autre, jusqu’à progressivement oublier jusqu’au prénom l’un de l’autre.
Pour palier à cela, ils mettent en place un système pour leur permettre de continuer à vivre, comme un certain nombre de règles à respecter et la nécessité de faire un compte rendu de chaque jour sur leurs téléphones mobiles.
Ils vivent leur vie ainsi, avec ses hauts, ses bas, même si ça ne marche pas toujours comme ils le voudraient. Mais bon gré mal gré, bien qu’ils se tapent mutuellement sur le système, ils se débrouillent comme ils peuvent et ça se passe pas trop mal. Jusqu’au jour où les échanges cessent brutalement. Taki reste ainsi trois semaines sans jamais se retrouver à la place de Mitsuha, et il l’oublie peu à peu.
Mais même s’il oublie son nom ou son visage, il ne peut s’empêcher de ressentir un manque cuisant, un besoin irrépressible de retrouver cette personne dont il se souvient de moins en moins. Il part alors à sa recherche, se basant uniquement sur un dessin réalisé grâce à ses derniers souvenirs.
Parmi les dizaines de moyens possibles pour communiquer,
est-ce que s'écrire sur le visage était vraiment le plus pertinent?
Et je m’arrête volontairement ici, car c’est à partir de ce moment que les révélations et les rebondissements s’enchaînent, et c’est aussi à partir de ce moment que le film devient génial. Donc si vous voulez savoir la suite, il va vous falloir voir le long métrage ! Mais rassurez-vous, il vaut amplement que vous lui sacrifiez deux heures de votre temps !


Mais alors, quoiqu’il faut retenir de ce flim ?
                Je pense que vous l’avez deviné, j’ai absolument adoré ce film. Et je pense que pour cette fois, je vais me retenir de faire des interprétations et de partir dans des théories fumeuses. Je vais tâcher de rester dans la simplicité.
                La première chose que j’ai trouvé remarquable, c’est la qualité de l’animation et du dessin de manière générale. Certes, la patte graphique est très classique, rien de follement innovant, mais les couleurs, les décors et les design des lieux et des personnages sont particulièrement réussis. Les lieux sont saisissants de réalisme, la ville de Tokyo fourmille de vie, et il ressort du film une ambiance très poétique, presque onirique qui donne très envie d’y plonger. Dans la catégorie des petites choses en fond qui donne sa saveur au film sans s’imposer au spectateur, la musique est particulièrement belle et donne toute sa force au récit qui se déroule devant nos yeux.
                Passons maintenant à ce qui représente pour moi les deux arguments qui me font dire que tout le monde devrait prendre le temps de voir ce film : ses personnages et son histoire.
                Mon petit résumé a dû vous l’indiquer, les protagonistes sont des adolescents tout à fait lambda. Ils rêvent à l’avenir, avancent dans leur vie jour après jour, profitent de leurs amis, comme n’importe qui vivra ou a vécu à leur âge. Les personnages secondaires sont aussi criants de réalisme, sans forcément entrer dans les clichés habituels des mangas. Et c’est précisément ce qui les rend attachants : il est impossible de ne pas s’identifier à l’un ou l’autre des protagonistes. Que je me fasse bien comprendre : pouvoir s’identifier, s’investir dans une histoire est selon moi un pré requis important pour qu’un récit, une histoire ait une portée, un impact sur son audience.
                Et ici ça marche du tonnerre : j’ai très franchement vécu le film comme si j’y étais, me prenant très rapidement d’affection pour les deux héros. D’ailleurs je pense qu’il faut saluer pour cela la performance des doubleurs, qui ont su rendre à la perfection les jeux respectifs l’un de l’autre : on reconnait la manière de parler et les mimiques de Mitsuha lorsqu’elle est dans le corps de Taki, et on s’amuse de voir la brusquerie de Taki dans le corps de Mitsuha. Une très belle performance qui nous permet de nous immerger encore plus dans le film. Si on compare ça à un studio Ghibli par exemple, je trouve Your Name meilleur, principalement à cause de cela. Même si les films de Miyazaki sont magnifiques, je trouve très difficile de réellement s’investir dans ses histoires tant elles sont féériques. Il leur manque un sens du réel, que Shinkai a très bien su conférer à son long métrage.
Moi aussi ça me fait ça quand je vois ma tronche le matin.
                Mais passons au plat de résistance, parlons du récit. Pour être tout à fait honnête avec vous, j’ai au départ trouvé le film un peu long à se mettre en place, surtout lorsqu’on sait qu’ils échangent leurs corps, alors qu’eux-mêmes ne le savent pas. Du coup, le fait qu’ils mettent un moment à comprendre ce qu’il se passe rend le film un peu lent à se lancer. Mais alors par contre, quand il se lance, il déconne pas… On passe d’une révélation à l’autre dans un suspens haletant, d’autant plus insupportable que les héros sont attachants. Lorsque Taki part à la recherche de Mitsuha, on veut le voir réussir, on veut le voir trouver la fille qu’il aime. On regarde avec appréhension son tâtonnement pour retrouver le village, et alors qu’on pensait enfin arriver au bout de nos peines, on se prend un retournement de situation en plein visage, même si on s’y attendait un peu. Et à partir de là, le film est totalement réécrit et on le regarde d’un œil nouveau, et ce jusqu’à ce que d’autres retournements de situations se produisent, nous poussant dans nos derniers retranchements. Et même lorsqu’on pense que le film se termine, il repart dans une nouvelle quête.
                Car si le film nous parle avant tout du lien entre deux adolescents, je pense qu’il est aussi une sorte d’allégorie de la recherche du bonheur : l’essentiel du film raconte tout de même la quête de Taki, jeune homme incapables de trouver la seule chose capable de combler le vide dans son cœur. Alors nous le voyons, toujours en quête, n’abandonnant jamais, comme s’il était poussé par un destin tragique – et le mot tragique n’est ici pas choisi au hasard – à aller de l’avant, plus loin sur un chemin qui l’amènera peut-être jusqu’à son but, sans qu’il n’en ait la moindre certitude. Et nous, humbles spectateurs, espérons de tout notre cœur qu’il va parvenir à retrouver Mitsuha, personnification du bonheur pour le jeune homme, sans doute parce que nous même suivons dans nos vies la même quête.
                Mais j’interprète peut-être un peu trop cela dit, c’est peut-être simplement une belle histoire d’amour. Probablement l’une des plus belles que j’ai vue d’ailleurs. En tout cas elle m’a beaucoup ému, moi, vieux cynique alcoolique écrivant ces lignes un soir de solitude, éclairé par la lueur ambrée d’une lampe traversant une bouteille de whisky, projetant sa lumière sur mon froid clavier alors que je pense à mes amours perdus. Imaginez donc à quel point l’histoire doit être touchante pour susciter quelque chose chez ce cœur de granit !
                Une question peut cependant se poser : est-il possible d’apprécier le film en étant allergique à l’animation japonaise ? Je pense que si vraiment vous avez des problèmes avec ça, cela peut-être un peu compliqué, car on retrouve pas mal de codes propres aux mangas, notamment dans l’humour et le ton employé. Plusieurs petits détails peuvent aussi vous échapper si vous n’êtes pas un minimum connaisseur de culture japonaise – je pense notamment à quelques jeux sur des qualificatifs ou des suffixes honorifiques, pratiquement impossible à transcrire en français, bien que je salue les tentatives dans les sous-titres. Mais dans l’ensemble, je ne saurais que vous conseiller de faire l’effort de passer outre cela pour vous plonger dans le film, il vaut très largement le coup.
                Bon, plus j'écris et plus j'ai le sentiment que je ne parviendrai pas à lui rendre honneur, donc je pense que je vais me diriger tranquillement vers la fin de l'article. Alors arrêtez tout ce que vous faites, prenez vous un peu de temps et aller le voir, vous en sortirez le sourire aux lèvres, avec la satisfaction de ne pas avoir perdu votre temps !

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